Pure Comedy

Father John Misty

Sub Pop  |  2017
6 / 10
par Gwen  |  le 4 mai 2017

Josh Tillman est un garçon au charisme indéniable. Et terriblement agaçant aussi. Father John Misty, son alter ego – avec pas mal d’emphase sur l’ego -, a un avis sur tout et ne manque pas de le partager, souvent à la truelle. Excusé par son talent, il accentue chaque jour un peu plus les contours de son personnage de dandy misanthrope qui s’amuse à torpiller ses interviews, Lou Reed style. Pourquoi ? Parce que. Ses gesticulations sont à la fois intrigantes, amusantes et un chouïa fatigantes. 

Cette attitude du mec revenu de tout et sans grand espoir pour son prochain, en commençant par lui-même, imprègne ainsi les treize morceaux de ce Pure Comedy (tu la sens, l’ironie ?) qui succède à un I Love You, Honeybear légitimement plébiscité.

Tillman y déroule des histoires dystopiques où le consumérisme frénétique et l’abus de technologie annihilent l’être humain et ses rêves de plaisirs simples. Bon… d’accord. On hésite tout de même un peu à s’élancer à sa suite lorsque l’on imagine que le mec a sans doute pondu ses textes en écossant des graines de tournesol bio tandis que sa femme instagrammait l’ombre des saule-pleureurs sur la mousse de son capuccino. Tout cela cocotte un peu la rébellion en carton mais soit. 

Comme on pouvait s’y attendre, c’est joliment écrit, rondement instrumenté et parfaitement conté, chaque mot se posant dans la creux de la note avec une élégance certaine. Il ne se débarrasse pas encore de la comparaison avec l’Elton John des seventies mais le rapprochement est loin d’être indigne. Le disque s’ouvre d’ailleurs avec les deux titres les plus mémorables, « Pure Comedy » et « Total Entertainment Forever », qui occupent l'espace sans aucun effort. Ensuite, notre enthousiasme se dissipe.

Aussi divertissant que peut être le troll à la ville, force est de constater que l’on s’ennuie tout de même grassement sur la longueur de son album. Déjà considérée par certains critiques comme un véritable morceau de bravoure, la complainte « Leaving LA » se tartine sur 13 minutes sans jamais prendre son envol. Encadrée par une dizaine de chansons au relief similaire, la berceuse est complète. Pour une œuvre censée réveiller les consciences, les effets produits ne sont probablement pas ceux escomptés.

Le goût des autres :