Praire Wind

Neil Young

Reprise  |  2005
9 / 10
par Jeff  |  le 11 décembre 2005

Oubliez tout ce que vous savez sur Neil Young depuis 1992. Imaginez-vous qu’en treize années, il s’est fait invisible et que Prairie Wind n’est pas son quarantième album mais bien le trentième. Oubliez son périple messianique à Seattle ou ses derniers albums tout en dilettante et reprenez l’histoire à la fin du superbe Harvest Moon. Tout comme ce dernier était considéré comme le successeur du mythique Harvest, ce nouvel effort semble constituer le troisième volet d’une saga qu’on avait cru voir s’interrompre prématurément après l’anévrisme cérébral qui a failli coûter la vie au Canadien.

Enregistré à Nashville entouré de certains de certains de ses plus fidèles compagnons (ceux-là mêmes qui l’accompagnaient déjà sur les deux disques susmentionnés), Neil Young nous offre ici un album assez classique dans sa forme mais qui peut se targuer d’un contenu qui risque fort de remettre en place tous ces arrivistes irrespectueux qui se voyaient déjà monter sur le trône doré d’un Loner il est vrai en perte de vitesse ces derniers temps. Ils devront cependant reporter leur couronnement de quelques années car l’ami Neil nous revient plus inspiré que jamais. Dès les premières notes de « The Painter », on sent à nouveau ce vent chaud et sec caresser nos joues et on retrouve avec bonheur ces espaces infinis entrevus trente ans plus tôt sur « Out on the Weekend ».

Bien aidé par un Ben Keith qui distille savamment ses doses homéopathiques de pedal steel et par une Emmylou Harris que l’on retrouve une fois encore là où on l’attendait, Neil Young, qui n’oublie pas de nous sortir son harmonica à de trop rares moments, nous offre sur un plateau dix perles d’un folk racé et déchirant sur lequel le temps ne pourra jamais avoir d’emprise. Et baignant dans des textes d’une émouvante simplicité et dévoilant un homme conscient que la grande faucheuse pourrait l’emmener à n’importe quel moment, les difficultés vocales inhérentes à la soixantaine n’en deviennent que plus touchantes.

Aussi discrètement que la brise légère qui souffle sur ces prairies nord-américaines sans lesquelles il ne serait rien, Neil Young vient de nous offrir le genre d’album qui mettra un temps certain à être considéré comme le classique qu’il est déjà à mes yeux.