Post-Suicide Limerence

Eric Dingus

Dream Sequence Records  |  2014
8 / 10
par Aurélien  |  le 23 janvier 2014

Le dévouement dont font preuve les producteurs d’aujourd’hui me fascine. Mais savoir que j’ai systématiquement trois trains de retard parce que des Madlib s'amusent à diluer leur talent, ça me la met mauvaise. C'est aussi à toi que je m'adresse, Eric Dingus: vu ton âge, tu pourrais passer plus de temps avec les filles ou tes jeux vidéo, non? Faire des choses normales pour un garçon de 18 ans, quoi. Mais non, tu préfères cumuler la production de quelques-uns des meilleurs albums du cloud rap, la création d'une poignée de beat-tapes cotonneuses, et même la gestion d'un label. Après tout ça, tu pensais vraiment que ton Post-Suicide Limerence n'allait pas pourrir au fin fond de mon disque dur, avec un tas d’autres de tes projets ? Oui ? Alors tu peux dire que le hasard fait bien les choses, ma caille.

Adieu les violences urbaines, bonjour la drogue: allergiques au cloud rap s’abstenir. Le temps a beau passer, le genre demeure un havre de lenteur. Et la musique d’Eric Dingus, c’est toujours ce concentré d’émotions passées en slow-motion, soit l'aire de jeu idéale pour rappeurs qui pensent trouver un sens à leur vie dans un sachet de haze. Et Post-Suicide Limerence ne déroge pas à la règle. Ou si peu. Car si l'adrénaline est de nouveau aux abonnés absents, la drogue ne se gène pas pour parler pour deux, apportant à cette plaque une beauté crade, presque impure. Une prise de risque qui ressuscite un genre un peu laissé pour mort depuis l'explosion d'un certain Rakim Mayers.

Sois tout de même rassuré, fidèle auditeur de Bones ou Chris Travis: tu ne seras pas complètement en terre inconnue. Mais avant de pouvoir espérer t'enfourner des monuments cloud, c’est plutôt un détour en Cadillac par la boîte crânienne de Schumi que te proposera Post-Suicide Limerence. En conséquence, prépare tes oreilles à un kush coma, à un festival d'hallucinogènes sonores qui bloquent ton cortex, occasionnant dans la foulée du sexe sale et des flirts avec les horizons désincarnés de la dub-techno. A mi-chemin entre Actress et Andy Stott, entre passages à tabac pour clubs satanistes et overdoses sur les toits de Dubai, le Texan plonge dans une rivière de codéine.

En définitive, en voilà un pour qui la productivité paie: à l’exact inverse d’un Clams Casino qui trouve sa pertinence en se mettant au service de MC's, ici, c’est l’autisme qui stimule la créativité du jeune Américain. Et en plus d'être un bel hommage aux meilleures sorties de l’écurie Tri-Angle, Post-Suicide Limerence transpire d’une détresse admirablement évaporée dans treize titres insolents de maîtrise. Treize pistes qui risquent de parler à un public large, et pourquoi pas de faire date dans la discographie de son géniteur.