Polygondwanaland

King Gizzard & The Lizard Wizard

 |  2017
9 / 10
par Pierre  |  le 5 décembre 2017

Si un groupe que l’on aime s’apparente à une seconde meuf, alors il fait bon être fan de King Gizzard & The Lizard Wizard en 2017. Car même en défiant toute notion humaine de temporalité, le groupe n’oublie pas de se renouveler continuellement tout en évitant de s’embourber dans une triste routine.

S'émancipant d'une chrysalide rock garage (efficace certes, mais relativement consensuelle) au profit d'une véritable machine de guerre mitraillant du krautrock psyché sur une population civile qui n'a rien vu venu, KG&LW est parvenu en quelques années à s’imposer comme un des groupes les plus bandants de la décennie. Une idylle qui ne risque pas de s'arrêter vu que le groupe a offert ce Polygondwanaland à une plèbe libre d’en disposer comme il l’entend et donc d’en produire ses propres objets de jouissance. Une initiative qui rappelle au passage que le groupe n'est pas gangréné par le fric à l'heure où sa popularité lui permeet pourtant de s'en mettre plein les fouilles. 

Mais ce Polygondwanaland - pour rappel le quatrième album de l’année pour la troupe - ne peut être défini que par son approche marketing. Car s’il est évident que KG&LW a fait de la qualité le centre gravitationnel de ses diverses explorations, ce treizième album du monstre à sept têtes est un remarquable condensé de ce que les Australiens font de mieux. Impressionnant de maîtrise et d’originalité, imprévisible des premières incantations chamaniques de "Crumbling Castle" au final apocalyptique de "The Fourth Color", Polygondwanaland n’est ni plus ni moins qu’un putain de chef d’œuvre qui risque malheureusement d’être sacrifié sur l’autel d’une productivité stakhanoviste.

Un disque quasiment mort-né donc, puisqu’il est évident que la temporalité qu’a fait sienne la troupe en cette année 2017 ne correspond définitivement pas à celle qu’expérimente le commun des mortels, pour qui la digestion complète d’un disque aussi imposant nécessite davantage de temps que le groupe n’en prendra pour composer son successeur - dont la sortie est imminente. Une triste et inévitable destinée pour un album pourtant magistral sur lequel KG&LW démontre toute l’étendue de son talent et regroupe sous sa chapelle des registres aussi éloignés que le krautrock, la musique tribale, le jazz ou évidemment le rock garage.

En tout cas, il semble assez probable que les membres de KG&LW ont pas mal poncé la discographie de Dr John ainsi qu’un certain nombre de pépites dénichées par l’excellentissime label Awesome Tapes From Africa ou le récent Requiem des Suédois de GOAT. Et tout ceci est incorporé à l’ADN du groupe sans en dénaturer la structure profonde, et matérialisé en une succession de titres encore une fois indissociables les uns des autres. 

Finalement, il est bien possible que ce Polywagondwanaland soit le meilleur disque d’une année assez incroyable pour KG&LW - pourtant, vu comment elle avait commencé pour eux, c'était pas gagné. Une année pas tout à fait terminée donc, puisqu’un cinquième album est encore prévu ; album vis-à-vis duquel il serait un peu con d’émettre des doutes ou réserves, mais qu’on imagine assez mal être du même niveau que ce Polygondwanaland ébouriffant. En même temps, ceux qui connaissent bien le groupe nous rappelleront qu'avec eux, on n'est jamais à l’abri d’une nouvelle excellente surprise.