Pocket Revolution

dEUS

V2  |  2005
note : 8
8 / 10
par Popop  |  le 21 février 2005

Quelle ironie ! Après avoir été des années durant le précurseur du rock en Belgique, dEUS arrive aujourd’hui presque trop tard pour récolter les fruits semés à la fin des années 90 et picorés depuis deux ans par une scène wallonne bouillonnante, de Girls In Hawaii à Ghinzu en passant par Venus, Sharko ou encore Hollywood Porn Stars. A ce titre, le premier morceau de ce nouvel opus, le quatrième en 12 ans de carrière, résume très bien les choses : "Bad Timing". Tout aurait pu, aurait dû être si facile pour le groupe : un album parfait, The Ideal Crash en 1999, servi par un single parfait "Instant Street", et accompagné sur les routes par une tournée chaotique, décadente mais brillantissime. Malheureusement, le public n’était visiblement pas prêt pour tout ça, et les Belges de ressortir lessivés de ce trop-plein d’émotions et de rock’n’roll.

Aujourd’hui, près de six ans après les faits, dEUS n’est plus que l’ombre de ce qu’il était ; du line-up originel seul le violoniste Klaas Janzoons et le chanteur Tom Barman restent. De son côté, l’essentiel guitariste Craig Ward a fait quelques allers-retours dans le groupe, partant, revenant le temps des sessions d’enregistrement puis claquant à nouveau la porte avant que l’album soit finalisé. Querelles d’ego ? Divergences artistiques ? Tout est imaginable à l’écoute de Pocket Revolution, sans doute pas le disque que l’on attendait d’un groupe aussi torturé que dEUS. Pourtant, les pistes données par les projets parallèles du charismatique Tom Barman les années passées (un film, Anyway The Wind Blows, une tournée avec le pianiste Guy Van Nueten, illustrée par un superbe album live, un autre projet sous le nom de Magnus) menaient tout droit à cette (r)évolution. Pas de grand changement dans le son mais une approche plus directe du rock, sans détours ni fioritures, pour une douzaine de morceaux qu’on hésite presque à qualifier de 'faciles'.

Les amateurs des expérimentations des premières heures en seront pour leurs frais, mais Tom Barman est un coutumier du fait, étant après tout l’auteur de merveilles pop comme "Little Arithmetics" ou "The Magic Hour". Et puis parler de déception serait un peu fort à l’écoute de titres aussi parfaits que "Bad Timing", "Night Shopping" ou "Nothing Really Ends", déjà entendu sur la compilation No More Loud Music et placé ici de manière très appropriée en conclusion. On imagine certes avec regrets ce qu’auraient pu donner des titres comme "Sun Ra" ou "Cold Sun Of Circumstance" avec le line-up de 1999, deux titres qui prendront sans doute toute leur ampleur en live et qui souffrent dans leur carcan de studio. On se dit également que "7 Days, 7 Weeks", l’un des titres les plus faibles du disque, est un bien étrange choix de single. Mais devant la cohérence et la force de l’ensemble, ces considérations semblent bien mineures.

Alors oui, Pocket Revolution est moins bon que The Ideal Crash. Il s'agit même sans doute du plus faible des quatre albums de dEUS. Le disque n’est pas non plus celui qu’on attendait vraiment des Belges, que l’on rêvait bien au-dessus de la mêlée, planant au-dessus des déjà très bons Ghinzu et Soulwax, tous ces groupes qui leur doivent tant et qui risquent pourtant de leur faire de l’ombre. Mais on a tendance à oublier qu’en 1999, dEUS n’était pas seulement le meilleur groupe belge, mais l’un des meilleurs groupes du monde. Et que pour partir à la reconquête de ce statut, la première étape est sans doute cette révolution de poche en guise de nouveau départ.

Le goût des autres :