Phelimuncasi: 2013 - 2019

Phelimuncasi

Nyege Nyege Tapes  |  2020
8 / 10
par Bastien  |  le 28 octobre 2020

Lorsque retentiront les dernières pulsations de cette rétrospective consacrée au collectif sud-africain Phelimuncasi, l'auditeur se demandera immanquablement pourquoi et comment l'Afrique peut encore rester une telle terra incognita pour la musique électronique. Et si des bribes nous arrivent régulièrement de ce continent, on ne peut pas dire que les producteurs et djs inondent les labels, bacs à vinyls et affiches de festivals de nos contrées. Malgré ce constat amer, les choses bougent lentement, mais sûrement, à travers le continent.

Parmi les foyers majeurs de ce feu qui se répand à travers le globe, l'Afrique du Sud, plus spécifiquement la ville de Durban et sa remuante scène Gqom, est à la pointe de ce mouvement. À la croisée de la techno, de la house et du kwaito (une variante locale de la house), le Gqom souffle depuis le début des années 2010 un vent de folie au sein des townships et désormais en dehors des frontières de la Rainbow Nation. Avec son efficacité rythmique capable de faire danser une foule de paraplégiques, appuyé par des chants Zulu aux accents guerriers, on comprend rapidement l'engouement que suscite le Gqom pour tout corps normalement constitué. 

Si le Gqom a grandement bénéficié de la lumière mise sur Dj Lag ces dernières années, un paquet d'artistes larguent (trop) discrètement leurs bombes sales sur les dancefloors locaux. Parmi eux, on retrouve le trio de vocalistes Phelimuncasi composé de Malathon et des jumeaux Makan Nana et Khera. Accompagnés des productions rugueuses de tauliers comme Dj MP3, Dj Scoturn ou de la nouvelle sensation du moment Menzi, Phelimuncasi se fait le porte-voix de revendications sociales et politiques contestataires des townships qui ont vu naître le Gqom.

Profondément sombre et remuante, comme on imagine la vie en ces lieux, cette anthologie n'a rien d'un parcours de santé, et on se retrouve régulièrement étouffé par la violence qui se dégage de ces 9 titres parus entre 2013 et 2019. Décharnés, rugueux et hypnotiques, les rythmes et chants de Phelimuncasi donnent l'étrange sensation que le soleil ne se lèvera plus jamais sur une fête où résonne cette musique. Avec ses mantras et ses basses gonflées à bloc, le souffle des productions emporte tout sur son passage. On atteint des sommets sur l'anthem « Private Party », l'inquiétant « GQOM Venus Cemetrary » ou encore l'entêtant titre de clôture « Ungabom Themba Umunutu ».

Avec cette compilation, l'influent label ougandais Nyege Nyege Tapes frappe encore un grand coup et ravira le plus blasé des auditeurs. Au bout de cette aventure musicale en terres africaines, on se prendrait presque à scander le slogan : Make Africa Great Again.