Pause For The Jet

Daniel Padden

Dekorder  |  2008
7 / 10
par Romain  |  le 26 novembre 2008

Parfois, la musique réclame de son auditeur quelque chose de plus qu’une simple passivité attentive. C’est le cas lors du live de manière générale, au cours duquel l’artiste va tout faire pour amener le public à réagir. L’un hurle ou danse, l’autre mixe ou chante et chacun renforce l’autre dans son rôle. Le travail de l’artiste s’imprègne de la chaleur du public et donne naissance à un mouvement unique et complètement contingent. Mais Daniel Padden entretient avec celui qui a la pochette de Pause For The Jet en main un autre type de relation, plus rare et plus complexe. Une relation dans laquelle l’artiste ne domine plus totalement son auditeur ; l’auditeur lui-même, grâce à son imagination, donne une forme à ce que Padden lui propose ; même les titres des morceaux sont d'un secours très limité tant ils sont évasifs. Pause For The Jet est comme ces poèmes symbolistes dont les mots n’ont de sens que pour peu que le lecteur leur en donne.  

Quelque part entre le free jazz dont elle hérite des rythmes brisés et les excentricités new age d’un Mike Oldfield période Incantations ou d'un Brian Eno, la musique de Daniel Padden est un véritable ovni. Utilisant des instruments issus de tous les horizons (asiatiques, européens ou africains), celui-ci compose une sorte de curieux happening fait de silences, de grincements, de chocs et de mélodies fendues de part en part. Pause For The Jet pourrait être assimilé à un voyage en pirogue sur un fleuve capricieux qui enverrait se briser contre la coque tantôt un rythme, tantôt une suite de notes juxtaposées, tantôt une voix éthérée ou un lambeau de bande magnétique. Peut-être même aurez-vous la chance, au détour d’un remous, d’entendre plus de deux minutes de sonorités continues.

Daniel Padden nous propose, et nous disposons de sa musique. Lorsqu’un flux aussi erratique de sons parvient à l’oreille, le seul plaisir possible vient de la création fortuite d’un monde autour de lui. Sans patience et sans imagination, l’auditeur rate complètement le but d’albums comme celui-ci. Il faut dire qu’avec un passé largement rempli par la musique d’accompagnement théâtrale, Padden a de quoi faire pour « évoquer » un maximum avec une orchestration minimum ; le principe de ce type de musique étant de souligner le jeu de scène sans empiéter sur lui.

Toute notation, même celle apposée à cette chronique est purement relative. Impossible de savoir comment l’auditeur lambda pourrait réagir à l’écoute de Pause For The Jet, l’extase mystique ou la destruction pure et simple de l’album étant deux options tout à fait envisageables.