Paris Sud Minute

1995

Polydor  |  2012
8 / 10
par Jeff  |  le 11 janvier 2013

Malgré les 450 000 fans sur Facebook, malgré le partenariat avec Universal, malgré les tournées aussi incessantes que triomphales, malgré le buzz permanent depuis plus de deux ans maintenant, malgré les reproches passéistes, jamais le capital sympathie de 1995 n'aura été mis à mal, jamais le crew francilien n'aura donné l'impression de céder à l'empressement ou de vouloir brûler les étapes le menant à une consécration qui n'attendait pourtant que lui. Gérée en bon père de famille, la fine équipe ne s'est jamais laissée dépasser par ses ambitions, sortant deux EPs d'excellente facture histoire d'asseoir une réputation qui ne devait plus être confirmée que par un album, premier véritable cap à franchir.

Et c'est donc à une période où l'on pense davantage à la mine intersidérale qu'on va se mettre quelques heures plus tard (le 31/12) qu'a débarqué Paris Sud Minute. Comme si, pour la première fois de sa jeune histoire, la fine équipe voulait faire profil bas, comme si elle faisait tout pour que ce premier album fasse le moins de bruit possible, vite oublié entre la dinde de Noël et le mauvais champagne de la Saint-Sylvestre.

Ce serait mal connaître les lascars. Car comme d'habitude avec 1995, il n'y a pas de quoi être gêné. Bien au contraire. Paris Sud Minute, c'est un joli monolithe old school qui reprend les recettes testées avec succès sur La Source et La Suite. Revival 90s plus assumé que jamais, boom bap détonnant à tous les étages, chansons qui racontent des histoires plutôt que de débiter de la punchline à tout prix, rimes finaudes et ambiance globale très "peace, love, unity and having fun".

D'ailleurs, de ce côté-là, on peut comme d'habitude compter sur Hologram Lo pour faire vibrer notre fibre nostalgique, celle qui nous rappelle une époque on où on chérissait comme la prunelle de nos mirettes nos disques de Beat de Boul, la Scred Connexion ou le Supreme NTM. Sans oublier les références au rap US, toutes côtes confondues.

En fait, dès la première écoute, la véritable satisfaction doublée d'une agréable surprise, c'est le nivellement par le haut remarqué dans les flows. Longtemps, le filiforme Sneazzy West et le remuant Nekfeu ont joué les locomotives lyricales, éclipsant quelque peu Alpha Wann, Areno Jaz et Fonky Flav'. Mais sur Paris Sud Minute, c'est réglé sur la même longueur d'ondes que le 'un double neuf cinq' avance. Et cette cohérence fait d'autant plus plaisir à entendre qu'elle est régulièrement mise au service de titres qui n'ont souvent rien à envier aux meilleures productions estampillées 90s.

Et donc, on se retrouve avec un album qui joue contre vents et marées la carte de la continuité, ce qui aura autant le don de plaire aux fans de la première heure que d'exaspérer les haterz. Car si on peut se réjouir de voir 1995 creuser un sillon et asseoir un peu plus encore sa place de leader dans une catégorie revivaliste où, il faut bien l'avouer, la concurrence hexagonale ressemble à une Liga qui court après le Barça, on a également hâte de voir quelle est la marge de progression stylistique des six français. Et là, c'est Alpha Wann qui apporte la réponse à nos interrogations dès l'introductif "Big Bang Théorie": "Dans leur jeu merdique, ils pensent que c’est l’heure du verdict, ne jugez pas encore /On n'est qu’à la première brique, on commence les fondations de l’empire."