Paradis d'Amour EP

Krisy

LeJeune Music  |  2017
7 / 10
par Aurélien  |  le 15 mars 2017

Il a beau être le fidèle bras droit de ce malabar au cœur tendre de Damso, Krisy n'a pas le temps de jouer au mâle alpha. Il y a de toute évidence trop de femmes à courtiser pour qu'il puisse avoir envie de parler d'autre chose dans ses raps. Difficile de lui en tenir rigueur: avec sa voix de velours qui ramène irrésistiblement à MC Solaar, on imagine que le bougre doit coller la petite plus que de raison, surtout depuis qu'il a son petit succès dans le rap jeu bruxellois.

Pourtant, si son personnage de "Jeune Julio Iglesias" nous plaît, Krisy a toujours donné cette impression un peu désagréable de se chercher, s'obligeant à explorer un nouvel univers à chaque projet comme pour augmenter ses chances de trouver sa voie. Le résultat ? C'est une productivité qui challenge le lutin Hamza, avec trois EPs en moins d'un an. Une trilogie que Paradis d'Amour a la lourde tâche de boucler, en cristallisant les promesses rencontrées sur le laidback Parmi Vous d'une part, et le storytelling de ghetto sitcom de Menthe à l'Eau d'autre part.

Ce troisième projet marque en tout cas une première vraie rupture dans l'oeuvre de Krisy: jusqu'alors habitué à assurer ses projets de A à Z, Paradis d'Amour oublie De La Fuentes (son alias aux machines) pour s'offrir les services de producteurs venus des quatre coins du monde. De Belgique évidemment, puisque c'est Jeanjass qui ouvre avec superbe l'EP; mais aussi et surtout de Paris et Montréal, par l'entremise de Planet Giza et Freakey!.On est donc peu surpris d'entendre des grooves à la Kaytranada entre deux interludes un peu plus piano-bar: tout est mis en oeuvre ici pour que le flow du belge quitte sa zone de confort, en lui offrant les meilleures passerelles possibles pour lui permettre de bondir d'un univers romantique à l'autre. Un choix qui donne à ce projet un cachet 90's plus prononcé que jamais, mais qui pêche un peu aussi par ses tics d'écriture aujourd'hui devenus trop systématiques dans la musique du Bruxellois, à l'instar de ces dialogues fatigants entre Krisy et sa conscience - un procédé introspectif d'ailleurs bien connu des fans de la première heure de Disiz La Peste

Avec Paradis d'Amour, Krisy confirme en tout cas quelque chose d'important: c'est que sa musique doit tout son attrait à un personnage définitivement charmant, mais qui manque encore de profondeur et de mordant. Néanmoins, ce troisième projet offre suffisamment d'arguments pour que l'on soit convaincus de sa capacité à transformer l'essai. Il nous tarde en tout cas de retrouver le Jeune Julio dans un projet un peu plus définitif que toute cette jolie trilogie auquel il manque encore un on-ne-sait-trop-quoi de folie pour lui permettre d'exploser des plafonds de verre. A l'allure où les projets s'enchaînent en tout cas, on a envie de croire que Krisy va se positionner d'ici à fin 2017 comme le Benjamin Biolay de cette scène rap belge en totale ébullition. Parce que si on aime les rappeurs qui parlent des femmes, et qui en parlent bien, on ne peut finalement pas s'empêcher de donner encore plus d'amour à ceux qui leur offrent une véritable partition dans leur musique.