På vei hjem

Razika

Warner  |  2013
8 / 10
par Jeff  |  le 27 mai 2013

Si on ne peut que se réjouir de la signature de Razika sur une major, ce transfert n'a pas que des avantages. En effet, c'est sur Smalltown Supersound (Todd Terje, Lindstrom, KXP) que nous avions découvert les jeunes filles de Bergen, bastion de la bonne musique made in Norway qui se cherche un second souffle. Un label indépendant certes, mais assurant une diffusion mondiale de son catalogue. Désormais sur Warner, le groupe voit son album uniquement distribué (pour le moment) en Norvège. En même temps, on peut comprendre qu'au-delà des frontières de ses terres natales, le groupe emmené par la joufflue (et mimi tout plein) Marie Amdam ait sur papier un faible pouvoir d'attraction. On parle quand même ici d'un groupe résolument ska dont tous les titres sont désormais chantés en Norvégien – ce qui ne facilite par ailleurs pas la politique de communication avec le monde extérieur, sur Facebook par exemple. Pourtant, déjà sur un Program 80 plus rafraîchissant qu'une mousse par temps de canicule, les gonzesses de Razika démontraient combien un genre qui traîne derrière lui pas mal de préjugés et d'idées préconçues pouvait être agréable – et surtout über-trendy. En même temps, un tel exploit avait été réalisé par Vampire Weekend sur son premier album avec l'irrésistible "A-Punk". Alors pour convaincre les plus intégristes des hipsters, voyez cet album de Razika comme une collection de variations sur le thème du ska sous perfusion indie pop – parce qu'on retrouve là-dedans des influences qui vont des Specials à Phil Spector en passant par les Slits. Dans cette optique, qui plaira peut-être moins au puriste (qui ne nous lit de toute façon pas), le second disque de cette joyeuse bande d'une vingtaine d'années à peine est un nouveau petit concentré de bonne humeur et de savoir-faire pop – populaire, mais jamais populiste. En trente petites minutes seulement, les quatre de Bergen creusent inlassablement un sillon qu'elles sont pour ainsi dire les seules à exploiter, poursuivent l'affinage d'une écriture qui témoigne d'une maturité plutôt impressionnante au regard de leur jeune âge et (surtout) enchaînent les titres qui se sifflent ou se hument – à défaut de pouvoir se chanter vu notre méconnaissance de la langue. Enfin, vous pouvez toujours y essayer. D'ici à ce que vous arriviez, on peut espérer que le disque sera officiellement disponible dans nos contrées…