$outh$ide $uicide

Dr CHAN

Stolen Body Records  |  2017
8 / 10
par Pierre  |  le 26 avril 2017

Terrible constat pour l'amateur de rock que celui d’une musique qui se prend de jour en jour un peu plus au sérieux, travestissant au passage ce qui constitue son essence même. Et c’est un peu de notre faute à tous : à force d’intellectualiser le bordel et de mater des papys s’exciter sur leurs chefs d’oeuvre du siècle passé, le rock s’est délesté de ses atouts majeurs : la rage et l’insouciance de ses gamins.

Heureusement qu’il reste en ce bas monde des valeureux gaillards comme Dr Chan pour foutre un bon coup de pied dans la fourmilière. D'autant que le moyen d’expression choisi par le trio parisien témoigne parfaitement de la bonne foi du groupe et du surplus de testostérone qui les anime. Dr Chan donc, ou l’importance du boum boum, d’une musique qui tabasse à t’en filer des acouphènes et à réveiller tes voisins. D’où ce constat : il ne s’agit pas ici d’enfiler des mouches, mais bel et bien de cracher un rock garage corrosif apportant enfin un peu de granularité au sein d’une scène que beaucoup voient par bien des aspects trop lissée et codifiée.  

Alors pour paraphraser un peu, ce $outh$ide $uicide n’est autre qu’un fantastique majeur dressé à ce qui semble être l’aristocratisation d’un style pourtant intrinsèquement underground, une sorte de combat peut-être pas complètement perdu d’avance contre l’establishment. Et pour cela, Dr Chan dispose des meilleurs armes : un talent indéniable, mais aussi un sérieux je-m-en-foutisme ainsi qu’une chouette dose de second degré - il suffit de regarder les titres annotés sur la pochette et leur horrible typographie rappelant au mieux les heures sombres de la tecktonik pour comprendre que les Parisiens ne se prennent pas pour Jean-Sébastien Bach.

Pas Bach donc, mais pas Shelley non plus, en témoigne un accent franchement moyen pourtant délivreur d’une rage phénoménale, qui se traduit alors par un chant hybride à l’intersection entre l’éructation animale sauce FIDLAR et une sorte de rap cathartique. Parce que si l’on doit se risquer à analyser la formule des trois zozos, on ne peut que se vautrer dans la caricature : un mec qui gueule jusqu’à l’agonie, une batterie qui te martèle les tympans, et une production tout droit sortie des égouts du XIVe arrondissement parisien. 

Du coup, tout ici pue la crasse et le dégueulasse, à tel point que cet album provoquera sans nul doute quelques nausées chez l’auditeur un peu trop sage et davantage porté sur les branlettes musicales dont cette décennie nous gave jusqu’à l'écoeurement. Aucun artifice donc, pas de production luxuriante ou de trompe-l’oeil, seule domine la fureur d’une bande de types lambdas noyés dans un anonymat bien trop injustifié.