Out In The Storm

Waxahatchee

Merge Records  |  2017
7 / 10
par Victor  |  le 19 juillet 2017

À tort ou à raison, le rock est annoncé moribond à peu près partout. Sa branche indie qui était un vivier de futures grandes gloires il y a dix ans ne bénéficie plus de la reconnaissance médiatique et populaire dont elle jouissait alors. Certes, ses nouveaux représentants ne squattent désormais ni le haut des charts ni le haut des affiches de festival et pourtant, le rock leur doit une partie de sa survie et de son renouvellement constant. Notamment grâce à la capacité dudit indie rock à évoluer, à embrasser les pressions exercées par les genres qui l’ont dépassé sur le plan artistique ou économique. Katie Crutchfield, a.k.a. Waxahatchee, a visiblement bien intégré ces mécanismes d’influence, comme l’illustre l’évolution de sa discographie depuis 2011, et particulièrement son petit dernier : Out In The Storm.

Ce quatrième album est à la croisée des chemins, à la fois plus rock et plus pop que les précédents. Plus pop parce que jusqu’à présent, elle n’avait encore jamais autant assumé les wouhouhous, les claviers disséminés un peu partout et les sonorités légères. Plus rock parce qu’un goût pour des morceaux « classiques » qu’on ne connaissait pas à Waxahatchee transparaît désormais sur plusieurs pistes. Ces deux facettes ne font pas que se côtoyer par morceaux interposés, elles se rencontrent et se marient. C'est particulièrement apparent sur « Recite Remorse », morceau dans lequel le trio guitare-basse-batterie vient s’insérer dans une ballade où le clavier et la voix de Katie Crutchfield donnent le ton. Ce mariage de sonorités est visiblement volontaire puisque l'on en trouve des traces jusque dans les crédits de l’album : exit Kyle Gilbride et Keith Spencer, acolytes/musiciens/coproducteurs des débuts. (re)Bonjour Alison Crutchfield, sœur jumelle aux penchants pop assumés, et John Agnello, ancien producteur de Sonic Youth et Dinosaur Jr. notamment.

Ce tiraillement entre pop et rock l’annonce : Out In The Storm est tout en paradoxes. Les morceaux hésitent en permanence entre un rock américain qu’on pourrait presque qualifier de viril (les guitares de « No Question », par exemple), une pop légère, voire naïve, et un folk contemplatif (« A little More » et « Sparks Fly », notamment). La diversité, leitmotiv visiblement cher à Waxahatchee, se manifestait auparavant par des changements de genre entre les différents morceaux (allez jeter une oreille au très bon Ivy Tripp), elle se manifeste désormais par une recherche permanente d’équilibre entre rock, folk et pop. Et cet équilibre fonctionne. 

Si l’album réussit avec justesse le périlleux exercice du mélange des genres, il parait un cran en dessous de ce dont on sait la demoiselle capable niveau composition. Les morceaux sont tous agréables, mais l’album manque d’un ou deux joyaux (Ivy Tripp en regorgeait), dont l'éclat serait mis en valeur par les autres titres. Un point faible qui est contrebalancé par la qualité des textes plus travaillés que jamais, en permanence entre la tempête et l’après-midi ensoleillée, et par la justesse des interprétations - Katie Crutchfield sait vraiment tout chanter, du baryton de « 8 Ball » au refrain pop sucrée de « Hear You ». Les quelques menues choses à redire sur ce dernier album de Waxahatchee ne nous priveront donc pas du spectacle de la survie du rock à travers l’indie.

Le goût des autres :