Orc

Oh Sees

Castle Face Records  |  2017
8 / 10
par Pierre  |  le 18 septembre 2017

On va pas se mentir, l’affaire était pliée d’avance. Car même si on avait plutôt bien accueilli An Odd Entrances malgré un petit manque d’inspiration et une relative platitude, on se doutait bien que les Oh Sees ne rateraient pas le coche deux fois de suite. Qu’ils ne tarderaient donc pas à de nouveau nous déchausser les molaires à grands renforts de riffs dictatoriaux et de soli tranchants.

Alors on n’épiloguera pas des heures sur les récents changements de blaze de la troupe du grand sorcier Dwyer, premièrement parce qu’on s’en branle un peu, et deuxièmement parce qu’on ne compte pas essayer de vous balancer de la poudre aux yeux en justifiant telle ou telle progression d’accords, changement de rythme, ou cassure mélodique - on laisse ça à nos confrères de Télérama. Car tomber dans le panneau en cherchant à intellectualiser le merdier serait contreproductif et en total décalage avec ce que réalisent ici les Oh Sees, comme le prouve l’écoute d’un Orc bestial, imprévisible et impétueux.

Orc est directement issu des tripes d’un John Dwyer qu’on imagine aisément la croupe entre deux chaises. Pourtant, tout écartelé qu’il doit être entre ses velléités analogiques (dont Damaged Bug est la catharsis) et la formule garage stoner dont il s’est fait le plus éminent spécialiste, le Californien parvient à trouver un solide équilibre, permettant à sa troupe d’enchaîner furieuses cavalcades et rares accalmies, à l’instar d’un "Keys To The Castle" diablement efficace. 

Mais c’est surtout lorsqu’ils affolent l’électrocardiogramme que les Oh Sees prennent toute leur dimension. Absolument dantesque, le groupe entreprend donc ici un formidable marathon qui, démarrant à toute berzingue par un "The Static God" jouissif à en mouiller ton slip, se conclut presque une heure plus tard par le colossal "Raw Optics", sorte de jam libertaire et expérimental offrant la plus parfaite des justifications à une audacieuse formation rythmique (2 batteries pour 1 basse) dont la puissance de frappe semble effectivement sans limite. 

Cinquante minutes pendant lesquelles les fûts sont donc martelés et la basse violentée, ce qui permet au grand prédicateur garage de venir vomir son surplus de testostérone sur des titres herculéens, rageurs, et dont la constante qualité offre une cohérence toute particulière à cet énième album des Oh Sees. De quoi rappeler à tous les petits nouveaux venus qu’il n’y a finalement qu’un seul véritable patron, un seul grand gourou, et qu’il est toujours à la tête d’une des mécaniques les mieux huilées du game.