Or Noir Pt. 3

Kaaris

Def Jam France  |  2019
5 / 10
par Yoofat  |  le 22 février 2019

Il faut être complètement désintéressé par le rap français pour ne pas être un brin excité par l'annonce de la sortie de Or Noir Pt. 3. Comme un fan des Marvel serait excité par l'annonce du quatrième Avengers, ou un fan de Naruto par l'annonce des nouveaux épisodes de Boruto. Le titre est aguicheur, certains extraits sont prometteurs, et la hype est à son maximum jusqu'à ce que le projet sorte, et qu'il finisse, fatalement, par décevoir son monde.

Six années séparent le premier Or Noir du troisième. Dans l'intervalle, l'équipe de France a perdu une finale de coupe d'Europe avant de soulever la coupe du monde. PNL a déferlé sur le rap, JuLDamso et Young Thug aussi. Gucci Mane est sorti de prison, et Rick Ross est devenu fit. Zlatan a quitté le PSG tandis que Neymar et Mbappé l'ont rejoint, et le streaming a imposé sa loi. Bref, le monde qu'a connu l'ignoble Kaaris de 2013 n'a plus le même visage. Quant au trône de la trap française sur lequel il était assis à l'époque, il est aujourd'hui convoité par tant d'autres - on pense notamment à ses camarades sevranais Kalash Criminel et 13 Block. Kaaris ne peut rester le même quand son environnement change. L'homme le plus sombre de France a petit à petit affiné son image, s'est laissé tenter par des sonorités plus proches de Dany Synthé que de Metro Boomin', et il a connu un succès populaire immense grâce à l'épouvantable "Tchoin". Et même si la violence refait souvent surface, on se demande bien quel intérêt aurait ce Kaaris souriant et épanoui à replonger dans le bain de haine de ses débuts.

Comme Boruto ou Avengers, Or Noir Pt. 3 ne répond qu'à la simple règle du fan service. Ce que le public demande, on le lui donne. Il faut certes régaler les fans de la première heure, mais on ne peut pas s'arrêter de faire du sale pendant des années et espérer renfiler le costume sans que la plume en soit affectée. Les morceaux "Chiens de la casse" ou "Monsieur météo" satisferont les fans les plus hardcore, mais en décevront forcément d'autres. De plus, le public de Kaaris ne se limite pas qu'aux inconditionnels d'Or Noir. Il doit aujourd'hui faire avec ceux qui l'ont découvert grâce à ses morceaux plus radio-friendly. Et c'est sans doute sur ces titres-là que Kaaris s'en sort le mieux, quand son sens cru de la formule se mélange à la douceur de ses mélodies. Mais des morceaux légers tels que "Golf 7r" ou "Débrouillard" dans un album intitulé Or Noir Pt. 3, c'est comme une andouillette fourrée aux fraises Tagada - de mauvais goût et assez malvenu. Et puis il y la dernière catégorie de fans qu'il fallait contenter, ces gens qui ne s'intéressent à lui que depuis la bagarre d'Orly et le Octogonegate. D'où le pénible "Aieaieouille" et l'excellent "Octogone". 

Kaaris a beau être un excellent parolier, et l'un des rappeurs les plus fascinants de la décennie, il n'en demeure pas moins un homme, et un artiste limité. Nommer son album Or Noir Pt. 3 et en faire une playlist indigeste pour toutes les catégories de streameurs ressemble à une technique de communication dite du "Hail Mary pass". La vérité, et elle est triste à dire, c'est qu'il est aujourd'hui plus intéressant de voir Zongo Le Dozo parafer "Le Contrat" que de l'écouter rapper. Vivement la bagarre. 

Le goût des autres :