Opale

Level

Spekk  |  2008
8 / 10
par Simon  |  le 24 mars 2009

Le célèbre label japonais Spekk reprend pour notre plus grand plaisir du service avec un artiste aussi touchant qu’isolé. En effet, l’Anglais Level nous revient après Cycla, premier album acclamé par la critique, bien conscient que le rang des admirateurs grossit à mesure que cette galette gagne en âge. A bien y regarder, Opale a toutes les qualités pour suivre le chemin tracé par son grand frère : chroniques dithyrambiques, présence dans les classements de fin d’année 2008 ; tout porte à croire qu’on tient sans nul doute une nouvelle perle minimaliste.

Pratiquant à ce titre une ambient d’un minimalisme certain, Level pose directement un décor astral dont il a le secret, décrivant de manière sensée, et sensible, des kilomètres carrés de plaines à première vue désertes. Car rapidement, on croit reconnaître ici un piano aquatique, par là une guitare lointaine, autant d’éléments organiques qui participent à l’osmose permanente de ces huit titres. Bien que réduites à l’extrême, les formes premières d’Opale gagnent en consistance grâce à un travail admirable sur les textures : les nappes d’une profondeur abyssale se colorent avec l’arrivée de ricochets en cascade, les mélodies graciles et discrètes jouent de pair avec les souffles omniprésents, les monologues organiques tirent le maximum de leur relation intime avec le silence (croyant à certains moments entendre les compositions fragiles d’Erik Satie).

Comme dans les grandes œuvres de field recording, la musique en présence balaye large et crée des paysages qui n’ont pour limite que leur seule tendance à exister, à se déformer tout en dérivant de manière logique et inspirée. Comme ces alpinistes bloqués dans des avalanches et ne sachant plus distinguer le haut du bas, les sens sont ici bouleversés, les hauteurs recalculées, pour finalement voir l’auditeur s’abandonner à cette nouvelle architecture sonore. Opale est une mise en abîme magnifique qui regorge de failles béantes que l’on observe sans jamais y tomber, d'incursions sonores lumineuses, d’aspérités que l’on ressent une fois en contact direct avec la métaphysique du son (incarnée jusque dans les bruits environnants qui le parcourent). Vous l’aurez compris, Opale est de ces disques qu’il serait criminel de louper ; un nouvel album qui, malgré les émotions certaines qu’il procure, ne s’abandonne jamais à cette vile tentation élitiste qui aurait fait de lui une vitrine supplémentaire de l’intellectualisme pompeux. Chapeau.