Only Self

Jesus Piece

Southern Lord Recordings  |  2018
8 / 10
par Alex  |  le 27 septembre 2018

«  This one is going to rip a hole in the sky » prévenait Southern Lord Recordings il y a quelques mois afin de nous préparer à la sortie d’Only Self, première ogive long format de Jesus Piece. Bien qu’il s’agisse ici de la logorrhée marketing habituelle venant d’une maison de disques, voir le gang de Philadelphie passer le cap du premier album génère forcément de la curiosité, et pour cause: voilà un petit temps que Jesus Piece a réussi à faire son trou sur la scène hardcore, prenant d’abord la côte est des Etats-Unis d’assaut avant de s’attaquer au reste du monde.

Formé en 2015 mais véritablement révélé l’année suivante, notamment via ce set plein d’allégresse, JP a bâti sa notoriété en éparpillant façon puzzle et sur autant de scènes que possible son métal infusé au hardcore beatdown. Rares sont d’ailleurs les formations qui ont tourné à ce rythme (en compagnie notamment de Code Orange ou Terror) avec seulement un EP et un split au compteur. Mais avec énormément de détermination et une hype à faire pâlir de jalousie n’importe quel rappeur Soundcloud, le groupe est prêt pour aller loin. Et disons-le d’emblée, les trente minutes que constituent cet album suffisent pour que le cahier des charges annoncé par le label californien soit amplement respecté.

L’incursion en territoire hostile se fait via "Lucid ", entrainant immédiatement l’auditoire dans un enchevêtrement de breakdowns et de larsens stridents. Juste derrière, la cadence infernale de "Workhorse" n’a d’égal que la brutalité avec laquelle Aaron Heard (récemment intronisé bassiste de Nothing) débite ses textes avec son style caverneux, régulièrement épaulé par son bassiste Anthony Marinaro dont le timbre n’est pas sans évoquer Jeffrey Eaton de Modern Life is War. La double pédale écrasante et la basse saturée qui introduisent « Punish » ne laissent déjà plus aucun répit, attestant du rythme fulgurant auquel ce disque a démarré. Ça va extrêmement vite et ça cogne extrêmement fort mais l'ensemble reste néanmoins très équilibré et cohérent. Plus loin, des titres comme "Curse Of The Serpent" ou le "Adamant" sont taillées pour déclencher des guerres tandis que "Neuroprison" résonne comme un appel à la destruction.

Les 5 musiciens ont bien compris que pour ne pas tourner en rond, il fallait aller droit au but, et pour le coup on n'est pas déçus. Au-delà de quelques rares détours noise/indus que le groupe s’accorde au fil de l’album, il n’y a finalement pas beaucoup de place pour l'expérimentation, même si sur les deux derniers titres, Jesus Piece s'essaie au drone et au post-metal façon Neurosis. Si le choix de conclure ainsi peut autant s’interpréter comme un moment de réflexion sur la violence qui vient de s’abattre que comme un éventuel avant-goût pour un futur album, nul doute que ce petit moment d’accalmie n’ôte en rien l’intensité générale du disque, plus éprouvant qu'un triple Iron Man. On le savait, Jesus Piece n’a jamais été là pour rigoler, mais avec ce premier album, le potentiel de dévastation semble désormais plus imposant que jamais. On était pourtant prévenus.

Le goût des autres :