Ohio

Stalley

Maybach Music Group  |  2014
9 / 10
par Aurélien  |  le 26 novembre 2014

Le parcours de Stalley nous rappelle à quel point le rap peut être drôle parfois. Alors que sa seconde mixtape Lincoln Way Nights faisait son petit bruit sur Internet, le MC de l'Ohio a été rapidement repéré par le gros Rick Ross qui l'a immédiatement signé sur le Maybach Music Group. Le paradoxe, c'est que le mec tenait plus du bon musulman que du gangsta de base, et qu'il faisait figure de premier de la classe au beau milieu d'une bande de surexcités primaires. Dans pareil environnement, le barbu a vite su montrer les dents. Mais il faut croire qu'il n'a jamais su trahir complètement  ses origines: il y a deux ans, Honest Cowboy nous l'avait prouvé avec brio. Et du coup, pour son premier vrai album après quatre mixtapes qui l'ont élevé au rang de MMG's Finest, on s'attend logiquement à le retrouver dans une forme olympique. Et ça tombe bien: Ohio, c'est encore une fois un carton plein rempli de belles surprises.

Et qui dit carton plein chez MMG en 2014 dit tubes à la pelle - et un certain Mastermind avait montré le bon exemple plus tôt dans l'année. Et ça, Kyle Myricks l'a bien compris puisqu'il nous en donne pour argent à peine le disque lancé : tu veux de la prod' qui te fait claquer des doigts avec des subs pour faire pleurer ta Clio ? Alors tu vas etre servi. Et tu seras en plus ravi de savoir que la suite est loin de te laisser en chien : si Stalley a su prouver qu'il était loin d'être une machine à bangers, il a aussi su démontrer toute sa capacité à rythmer à la perfection la narration de ses rejetons. Et il n'est pas le seul à briller ici puisque aux manettes, c'est Rashad qui l'accompagne. Rashad, c'est le frère d'armes qui était déjà là avant que le succès ne lui tombe dessus, celui qui sait au mieux habiller son flow mielleux. Un duo de choc qui a admirablement poncé son produit, puisqu'à l'instar du My Krazy Life de YG, Ohio sait précisément où il va et ne s'emmerde pas avec des détours inutiles. La comparaison entre ces deux plaques majeures de l'année rap s'arrête néanmoins là : Ohio ne se repose pas sur les acquis de l'ère dorée d'UGK comme YG a pu le faire avec l'héritage musical de Compton. Au contraire, Stalley cherche ici à tirer le meilleur parti de son casting, de sa production à ce point sur mesure qu'on imagine difficilement qui pourrait tenir mieux que lui un pareil projet (le Curren$y de Pilot Talk peut-être ?), et surtout de cet équilibre constant entre un MC qui sait quand laisser s'exprimer sa prod, et quand la sublimer avec quelques mesures impeccables et mathématiques. Face à une copie aussi brillante, pas bien surprenant finalement que De La Soul soit revenu d'entre les morts pour clore glorieusement un album dont la seule et unique erreur est d'avoir convié Rozay le temps d'un titre extrêmement dispensable. On croit rêver.

Fidélité et intelligence. Voilà deux substantifs bien nobles qui n'appartiennent pas au vocabulaire de l'écurie MMG, elle qui s'est essentiellement illustrée dans ce créneau pop-corn qui ne cesse de diviser – et de générer malgré tout de grosses liasses. C'est pourtant en sortant cet album sans concessions, et que lui seul aurait pu se permettre, que Stalley va encore gagner beaucoup de points. Car Ohio est finalement l'antithèse de ce qu'on aurait pu attendre d'une sortie parrainée par Rick Ross : ce n'est pas un album qui se vendra pour son casting (on tient finalement le seul et unique album de 2014 sur lequel Kendrick Lamar ou 2 Chainz ne posent pas), il n'y a pas de single pupute hors-sujet, ou de placements de produit. Peut-être même que cet album sera une balle tirée dans les sneakers Dior de Rozay vu les chiffres de vente qu'il va engendrer. Pourtant, c'est tout le contraire qu'on lui souhaite vu les incroyables qualités de cette belle balade dans le Midwest. On se dit enfin que Stalley n'a jamais été autant à sa place chez MMG qu'en étant lui-même. Et l'entendre se trahir un jour serait une bien douloureuse erreur de calcul.