Offworld

Special Request

Houndstooth  |  2019
8 / 10
par Bastien  |  le 12 décembre 2019

Tic tac tic tac tic tac. Non, ce n'est pas que le doux son de la Patek Philippe que vous n'aurez jamais au poignet. C'est également le bruit que doit désormais entendre Special Request dans sa caboche à l'approche de cette fin d'année. Il ne reste désormais plus qu'une poignée de jours à Paul Woolford pour réussir le pari fou de pondre quatre albums en un an.

Un rythme diabolique et une fièvre créatrice auxquels ne nous avait pas habitué le producteur anglais, fer de lance du label Houndstooth. Et pour cause, quatre longues années séparent les breaks jungle de Soul Music des incartades bass music et ambient de Belief System paru en 2017. En l'espace de douze mois, notre ami Paul semble avoir voulu rattraper le temps perdu en nous lâchant trois albums de haut standing :Vortex, Bedroom Tapes, et Offworld. De mémoire d'amateur de musiques électroniques, peu d'artistes ont réussi à conjuguer ce niveau de productivité et une telle constance dans la qualité de la production livrée. De moins en moins portées sur la drum et la jungle, les dernières œuvres de Special Request semblent inaugurer une nouvelle ère : plus apaisée, plus mélodieuse mais toujours avec cette souplesse et cette nervosité estampillées bass music.

Tout naturellement, Offworld apparaît comme le prolongement de cette sensibilité pleinement assumée sur Bedroom Tapes et déjà en pleine gestation sur Vortex, album à l'écriture pourtant très nerveuse - la beauté fracassante d'un titre comme "Memory Lake" illustre bien notre propos. Si ces trois albums forment un patchwork cohérent, Offworld se situe à mi-chemin entre l'obsession raveuse de Vortex et les productions plus intimistes de Bedroom Tapes. Si on devait personnifier Offworld, il serait ce sadboy en Air Max pleurant sur le dancefloor.

Car c'est bien là que réside toute la beauté de ce troisième opus, dans cette ambivalence où l'euphorie se mêle inlassablement à la tristesse. Dans cette mélancolie très particulière qui étreint le cœur lorsque les lumières se rallument sur la piste. Il faut dire que tous les ingrédients sont au rendez-vous pour que l'on danse avec une larmichette au coin de l'œil : les claviers façon Mike Paradinas, les lignes de basses qui font immanquablement remuer les guiboles, les phases ravey, sous oublier les montées qui semblent ne jamais vouloir s'arrêter. En fin limier, Paul Woolford va également puiser dans le meilleur de l'électro cosmique made in Detroit, tout en insufflant une fort dose de pop à l'ensemble. On obtient alors une fusion plus dangereuse que le mariage Bayer-Monsanto.

Nul besoin d'en rajouter sur ces quarante-huit minutes classieuses, que l'on aurait aimé plus longues encore. On prie désormais pour que le gros barbu tout de rouge sapé nous dépose prestement la quatrième galette du sieur Woolford sous le sapin.