Odessa

Caryl Baker Quartet

Altrisuoni/Anticraft  |  2008
8 / 10
par Franck  |  le 26 décembre 2008

Initialement un trio, le Caryl Baker Quartet est composé d’un pianiste, Caryl Baker, d’un batteur, Luigi Galati, du contrebassiste Emanuel Schnyder et du trompettiste Daniel Erismann. Caryl Baker est à l’origine des huit titres que présente cet album. Avant l’écoute d’Odessa, restait à savoir si le Suisse allait plonger dans un jazz simple d’écoute ou tenter quelque chose de plus expérimental. Dès le premier titre, "Plus de nouvelles", on penche largement vers la première solution. Le jazz de ce début d’album du pianiste est plutôt joyeux, léger. L’écriture est marquée par un certain bien-être que l’on peut éprouver lors de virées nocturnes dans les bars. Si la trompette était synonyme de mort dans l'iconographie médiévale, ici, elle symbolise la joie de vivre. On pense tout de suite à Dizzie Gillespie, qui dans les années 50 et surtout par la suite, avait déjà plus que flirté avec des influences caribéennes imbibées de rhum. Les thèmes sont finement sentis et bien construits. On côtoie les influences salsa pour la rythmique. On pourrait rapprocher l’esprit de ce quartette de ce que fait, dans un autre style bien sûr, Eric Legnini sur Big Boogaloo : une même spontanéité et des improvisations qui ne plombent pas les morceaux.

Odessa n’est pourtant pas un disque de salsa. Si vous y venez pour cela, vous serez déçus. Si la première partie de l’album est assez naïve, le titre éponyme refroidit un peu l’ambiance. Sur "Odessa", les balais de Luigi Galati soufflent un vent frais, voire glacé, soutenu par une trompette mélancolique. Avec "L20", "Waiting Too Long" et "Discovery", la deuxième partie d’Odessa s’engouffre carrément vers un spleen qu’on ne pouvait soupçonner au début de l’album. Caryl Baker dévoile sur ce premier album deux facettes de son écriture : une certaine innocence et un réalisme presque cafardeux. Que ce soit l’un ou l’autre, Caryl Baker s’en sort plutôt bien. Cette dualité montre à quel point le bonhomme a du talent. Passer du blanc au noir en passant par le gris avec une telle aisance sur un même instrument fait plaisir à entendre. Indubitablement un bon pianiste et un bon compositeur.