Nymphs II

Nicolas Jaar

Other People  |  2015
8 / 10
par Amaury  |  le 25 mai 2015

Depuis Space Is Only Noise en 2011, Nicolas Jaar déploie ses talents entre production, collaborations et gestion de label, mais n’a plus réellement assumé sa personnalité, malgré l’excellent Psychic pour Darkside et quelques remixes balancés ici et là pour le plaisir. Nymphs II vient corriger le tir en apportant 15 minutes distillées dans l’unique perception jaarienne.

Une durée ridicule pour un retour si elle ne laissait pas une ineffable sensation : des craquements neuronaux ; des impulsions électriques, absurdes, émouvantes, et pourtant si logiques ; un cri dans l'hydrogène — faire du solaire avec de la poussière de lune. Atteindre la maniaco-dépression, par euphories et rechutes. De la puissance élégante ne survivent que les acouphènes, intenses restes dans l'oreille interne. Nourriture Céleste. Grésillements divins.

Décrire le travail opéré sur cette plaque avec un certain prosaïsme serait un acte blasphématoire, et il nous plait de croire que l’oeuvre d’art absolue inviterait comme ultime conséquence à produire en retour, mais laissons nos croyances en paix un instant. Jaar revient en effet avec une vision bien plus artiste qu’autrefois, fine, délicate et idéale, rejoignant par son traitement quelques valeurs du mouvement symboliste. L’objet cible n’est plus qu’un prétexte, un tremplin suggestif pour accéder aux sensations, vers l'Idée. Résumé en symbole magnifique, Nymphs II est taillé par le sublime. Il ne s’agit plus de composer un tube électronique, mais d’atteindre la réalité supérieure de la sensibilité grâce à un matériau hybride, fait de noise et de slow house. En variant les rythmes, les sons et les bruits, Jaar parvient à établir quelques correspondances poétiques qui dévalent d’une raison synaptique à la passion viscérale.

L’œuvre mystique possède également ses mystères à décrypter. Quand on connait l’importance du cinéma pour l’artiste, le titre « The Three Sides of Audrey and Why She’s All Alone Now » ne référerait-il pas à la figure qu’incarne Audrey Hepburn dans The Green Mansions, une nymphe esseulée au milieu de la jungle sud-américaine, entre l’oiseau et la jeune femme. Un prétexte potentiel, à partir duquel, d’une oeuvre vers une autre, le filtre-Jaar pouvait retranscrire les émotions. Reste alors sur le sillon, entre réalité et impression fabuleuse, la poésie.

Le goût des autres :