Nordic Flora Pt. 3: Gore-Tex City

Varg

Northern Electronics  |  2017
8 / 10
par Côme  |  le 20 avril 2017

Là où l’on avait dû composer avec des bribes à l’époque de Misantropen, on se retrouve aujourd’hui surchargé d’informations plus ou moins utiles au moment d'évoquer le personnage de Varg: il a rencontré son BFF Abdulla Rashim en lui proposant du sirop pour la toux dans un parc, il aime le champagne acheté en duty free, il porte ses combats politiques sur la peau, il a un manteau The North Face rose. Bref, là où de nombreux producteurs techno font tout pour n’être réduit qu’à un nom ou à une personnalité un peu bankable, Varg balance désormais plus d’updates qu’un rappeur américain. Heureusement, cette présence sur Internet ne fait finalement écho qu’à une omniprésence musicale : car en 2017, Jonas Rönnberg est partout ou presque, et fait aujourd’hui la navette entre Northern Electronics et Posh Isolation sur cette nouvelle série de disques, Northern Flora.

Si ce troisième volet est bien sorti sur le label d’Abdulla Rashim, on ne peut s’empêcher de penser que ses passages sur Posh Isolation (Star Alliance, et le volume 2 de Northern Flora) ont durablement marqué Varg, ne serait-ce que stylistiquement. Tout le disque reprend en effet l’esthétique très Tumblr (les fdp en école d’art diront post-modernehan) du label danois. Plus encore, les tentatives de narration amorcées par Varg sur Star Alliance et ses 6 cassettes pour raconter une soirée en tant que DJ sont ici reprises et explosées. Varg parlait notamment récemment de sa vie de DJ toujours dans des avions et ce disque en est un peu l’illustration : avec ses bruits de turbine ou ses morceaux aux noms de lignes de métro, Gore-Tex City montre parfaitement l’évolution de Varg, qui est passé en quelques années de producteur le plus sous-côté du circuit (on se souviendra toujours de la claque qu’était Misantropen) à DJ surbooké.

Et puis surtout, Gore-Tex City n’est pas un disque techno. De la techno il y en a certes et pas qu’un peu (notamment les deux excellents derniers morceaux), mais tout l’intérêt du disque semble résider ailleurs, dans ses prises de risques, ses délires esthétiques un peu foireux et ses collaborations. Inviter Yung Lean et une chanteuse pop suédoise sur un disque estampillé « techno », il fallait bien s’appeler Varg pour le faire et c’est limite dans ce rôle de Rick Rubin du grand nord qu’il semble le plus briller - et s’amuser vu qu’un disque de Yung Lean sortira sur son label nouvellement créé. On pourrait certes parler de pied de nez adressé à la scène, sa rigueur et sa passion parfois reloue pour l'"authenticité" mais Gore-Tex City n'est pas un disque ironique ou même moqueur tant le degré d'émotion reste finalement le même que sur Ursviken. Un disque plein de contradictions complètement assumées donc, qui ne s'interdit aucun contre-pied, définissant son créateur bien plus fidèlement qu'aucun post Instagram ne le pourrait.