No Peace

Trash Talk

Odd Future  |  2014
8 / 10
par Jeff  |  le 11 juin 2014

Un groupe de punk-hardcore sur Odd Future ? Si la décision a de quoi surprendre à première vue, on comprend assez vite qu’elle est frappée au coin du bon sens. Oui, car le qualificatif ‘hardcore’, on l’a toujours accolé aux conneries diverses et variées dont s’est rendue coupable la clique ricaine ces dernières années. En effet, que ce soit dans les textes glauques, dans l’attitude scénique bordélique ou dans l’approche de l’art en général, Tyler The Creator et ses ouailles ne se sont jamais gênés pour repousser les limites du genre hip hop tout en amusant la galerie. Mais avec la signature, il y a deux ans, de Trash Talk sur le label géré par les Californiens, c’est un véritable groupe de punk-hardcore qui a débarqué dans une bergerie où les loups s’amusaient déjà comme des petits fous. Et puis cerise sur le gâteau, en amont de la sortie, ce ne sont pas les indices pointant dans la direction d’un projet potentiellement bandant qui manquaient. Il y a tout d’abord eu la participation annoncée au disque du producteur The Alchemist (un mec connu pour ses beats vicelards et drogués), puis il y a eu cette bombe sale avec les excellentissimes Flatbush Zombies pour un très chouette EP offert par Converse. Pourtant, le produit fini entre les mains, c’est dans un premier temps la déception qui pointe le bout de son nez. Car hormis l’intro et l’outro, purement instrumentaux et signés The Alchemist, on se retrouve avec un disque de punk-hardcore tout ce qu’il y a de plus traditionnel, avec un chanteur blanc à cheveux longs qui se pète les cordes vocales pendant que le groupe derrière sue sang et eau pour pondre du riff brutal au kilomètre et garder la section rythmique dans le rouge en permanence. Et si la déception vient du fait qu’on s’attendait à voir le groupe s’imprégner (ne serait-ce qu’un peu) de l’« esprit OFWGKTA », on finit vite par se réjouir de la qualité globale du très judicieusement titré No Peace. Car ce cinquième album (le second déjà pour le label Odd Future), c’est une déclaration de guerre comme on les aime. Et pas une guerre propre et technologique à l’américaine, mais plutôt une bataille des tranchées brutale et sale entre deux bandes de djihadistes affamés. Niveau longueur, on reste également dans les standards du genre : 14 titres pour 25 grosses minutes de sulfatage forcené en bonne et due forme. Vous voulez de l'artillerie lourde et une production XXL ? Vous allez être servis. Bref, allez-y les yeux fermés mais prévoyez quand même de quoi panser vos blessures, parce que les mandales se distribuent à la pelle.