No Bad Vol. 2

Slimka

Colors Records  |  2018
8 / 10
par Yoofat  |  le 21 mars 2018

Pour comprendre qui est Slimka, il semble nécessaire d'écouter son couplet sur "Tom Jédusor". Ceci étant fait, vous comprendrez une chose: vous ne comprendrez jamais totalement le propos du Genevois, mais cela ne sera pas un frein à l'amour que vous lui porterez.

Slimka parle de son quotidien de manière triviale, puis le mêle à des images liées au surnaturel, invoquant des formules magiques, des sorciers, des anges ou des démons - et parfois même Pete Sampras. Plein de choses qui ne peuvent avoir de sens pour nous, car tout est "Self-Made", comme l'un des titres du volume 1 de No Bad l'annonce. Tout est sur-mesure, rien n'est inspiré ou copié de. On ne le précise pas assez, mais c'est une chose extrêmement rare dans le rap francophone. Ayant tenté une aventure dans le mannequinat auparavant, Cassim Sall semble renouveler cette expérience par le biais de la musique ; son égocentrisme l'aide à se mettre en avant de manière novatrice et ambitieuse.  

La force du collectif Superwak réside dans ce pouvoir d'étonner, d'être inintelligible tout en étant passionnant. Et dans l'écurie helvétique, nul ne sait surprendre comme Slimka le fait. Ce deuxième volume matérialise de nouveau cette évidence avec onze titres loufoques, aux ambiances plurielles et à l'énergie particulière. Slimka devient tantôt mage à la sagesse persiflée par la gente féminine, tantôt démon du turn-up nourri aux pétards et à la feta. Tandis que certains rappeurs ne traînent qu'un ou deux alias, il semble que Slimka s'invente de nouveaux personnages à chaque EP: après l'instable "Domingo", nous rencontrons ici un grand foncedé du nom de "George de La Dew" et le clinquant "Diego". C'est trop facile d'avoir un dédoublement de personnalité, Slimka préfère les additionner. 

Très attaché à l'esprit de groupe, le MC est souvent flanqué de ses meilleurs amis et collaborateurs. Parmi eux, Di-Meh et Makala (ce dernier est présent sur deux des onze titres) apportent cette fougue doublée de maîtrise au projet, mais le font sans ne jamais faire de l'ombre à l'univers singulier façonné par Slimka. Romeo Elvis donne lui aussi de sa personne sur un couplet peu mémorable certes, mais en parfaite cohérence avec la couleur globale du projet. On ne peut enfin omettre le travail des beatmakers, Pink Flamingo aka Varnish La Piscine en tête. Tous les changements d'ambiance les plus brutaux et toutes les transformations sonores se font sous son contrôle. Et bien que tout semble absolument maîtrisé, le bonhomme amène sa science de l'incohérence, et magnifie les moments les plus intenses de l'EP. Le résultat? Un patchwork bigarré mais jamais indigeste, taillé sur mesure pour un rappeur aussi versatile et imprévisible que Slimka. 

Le goût des autres :