Nightmare Vacation

Rico Nasty

Atlantic Records  |  2020
7 / 10
par Ludo  |  le 15 décembre 2020

Rico Nasty aurait très bien pu être le personnage d’un comics ou d’un cartoon. Depuis la sortie de son album Nasty, produit en grande partie par Kenny Beats, elle n’a cessé de sortir des morceaux particulièrement variés avec, à chaque fois, des visuels forts, des looks extravagants et un bon niveau d’autodérision. Si son côté badass et fort en gueule peut faire penser à Tank Girl, le côté imprévisible de sa discographie peut la rapprocher d’un savant fou qui bosserait chez ACME. Un comics s’inspirant de son nouvel album Nightmare Vacation est d’ailleurs sur le point d’être publié en janvier par Z2 Comics. Mais revenons à sa musique.

Pour ce premier album, la rappeuse de 23 ans s’est cette fois rapproché des doux-dingues de 100 gecs pour produire 4 morceaux de son premier album (« Iphone », « Let It Out », « Pussy Poppin », « OHFR ? »). Une collaboration qui semble évidente tant les univers hyper bigarrés des trois artistes se complètent à merveille. Il en est de même pour sa collaboration avec Take A Daytrip, connu pour avoir travaillé avec Lil Nas X et Sheck Wes (« STFU », « Girl Scouts »). Deux collaborations qui donnent le ton du projet puisque la suite des morceaux continuera à jongler habilement avec ces influences hyperpop et bubblegum trap.

Ici, l’essentiel est de s’amuser, de passer d’un genre musical à l’autre sans se préoccuper de présenter une quelconque homogénéité. Rico peut aussi bien faire un morceau inspiré du cloud rap (à l’image de la pochette) avec Gucci Mane et Don Toliver (« Don’t Like Me »), puis prendre un ton plus posé pour de jolis tours de passe-passe avec Aminé (« Back & Forth »), et enfin participer à un posse cut délirant en compagnie de ppcocaine, Sukihana et Rubi Rose (le remix du morceau « Smack A Bitch »). Il y a toutefois un petit bémol dans toutes ces collaborations : sans être inécoutable, le featuring avec Trippie Redd manque clairement d’audace. Une connexion ratée qui a tout de l'erreur de casting que l'on pardonnera assez vite.

Si la direction artistique en dilettante de l’album peut parfois agacer, son aptitude à nous faire sourire grâce à ses fulgurances à mi-chemin entre l’ego-trip, le grand-guignolesque et la dérision, vaut franchement le détour. Et pour un album qui se veut avant tout être une bande-son propice aux moshpits et autres joyeusetés du genre, ce semblant de spontanéité dans l’interprétation des différents morceaux fait particulièrement plaisir à entendre. À la fois inclassable et irréductible, Rico Nasty confirme avec ce premier album tout le bien qu’on pouvait penser d’elle : une weirdo attachante qui te hurle sa rage de vivre avec le sourire jusqu’aux oreilles.