Nightmare Logic

Power Trip

Southern Lord  |  2017
8 / 10
par Jeff  |  le 27 février 2017

En 2017, le rock n'est pas mort, mais il tire quand même un peu la langue. Et ça m'arrache la gueule de le dire vu mon attachement au genre. Histoire d'éviter les interminables débats, soyons clairs : les chouettes groupes ne manquent pas et certains labels ou certaines scènes pètent la forme, mais il faut quand même reconnaître que dans ce que le rock a de plus "traditionnel", il peine à accoucher d'artistes qui ne font rien d'autres que recycler un héritage souvent trop lourd à porter. En d'autres termes, ça bande un peu trop mou, ça se repose un peu trop sur les acquis et ça manque surtout de vraies personnalités qui n'ont pas passé la quarantaine - il suffit pour s'en convaincre de regarder les têtes d'affiche de ces festivals qui recyclent les 30 mêmes noms faute de relève.

Logiquement, je suis allé voir ailleurs en attendant des jours (ou des choix) meilleurs et j'ai notamment repris le contact avec certaines musiques "extrêmes" que j'avais délaissées depuis mon adolescence. Évidemment, bouffer du métal, c'est un peu comme se gaver de comfort food quand ça va pas trop. Car si il y a bien une musique qui n'est pas vraiment connue pour ses visées progressistes ou l'ouverture sur le monde extérieur, c'est le métal. Mais au moins, on trouve chez la plupart des groupes une gnaque et une énergie qui fait trop souvent défaut à n'importe quelle bande de cool kids d'Austin qui font un truc qui ressemble vaguement à d'autres trucs qui eux font vraiment rêver - mais sortis entre 5 et 35 ans plus tôt.

Et c'est là que Power Trip débarque avec son nouvel album sur la référence Southern Lord pour sauver mon début d'année. Pour faire simple (parce que vraiment, cette musique-là ne s'encombre d'aucun putain de chichi), c'est Slayer qui se met une bonne grosse murge en compagnie des Cro-Mags. Le thrash de la Bay Area qui s'acoquine avec le hardcore de la Big Apple. Un crossover qui avait déjà fait son petit effet sur Manifest Decimation, énorme premier album sorti en 2013, mais que les Texans perfectionnent avec un Nightmare Logic d'une efficacité terrifiante et dont la force de frappe peut notamment être attribuée à l'inlassable perfectionnement d'une formule sur les routes du globe - et puis quand tes compagnons de route se nomment Pig Destroyer, Anthrax ou Lamb of God, ça veut dire que tu vas à bonne école.

En effet, en proposant un chant plus clair que sur son prédécesseur et en s'appuyant sur une production plus guerrière (et plus propre aussi), Power Trip nous balance à la tronche un monstre de violence pure, qui se décode aussi facilement qu'il s'impose à nous. Mais la vraie force de cette bestiole, c'est de se révéler très accessible (on déconseille quand même aux fans d'Agnes Obel), avec ses refrains qui se gueulent comme des putois, ses ponts qui donnent juste envie de passer des chatons au mixeur, ses solos de guitare qui doivent faire la fierté d'un Kerry King et cette écriture qui va à juste à l'essentiel. 

Vous vous en doutez, on n'est pas ici dans un disque qui se perd en circonvolutions. Nightmare Logic, c'est 8 titres pour une trentaine de minutes au compteur. Et franchement, pour pester sur le manque de couilles de la scène indie actuelle, c'est vraiment la bande-son idéale. Accessoirement, c'est aussi un disque qui résistera probablement au temps et aux écoutes répétées. On en reparle en fin d'année ?