Neon Bible

The Arcade Fire

Merge Records  |  2007
7 / 10
par Splinter  |  le 1 février 2007

Chronique casse-gueule pour un album-mission-impossible : comment parler aujourd'hui, quelques jours seulement après sa sortie, d'un disque que l'on devra certainement laisser mûrir pour en apprécier toutes les saveurs ? Comment ne pas être de prime abord évidemment déçu par le successeur de Funeral, unanimement porté au pinacle par la critique et le public, meilleur album de 2004 ET de 2005 (selon sa date de sortie dans le monde), premier album en forme de testament d'un groupe que l'on n'attendait pas ? Comment, pour Win Butler, Régine Chassagne et leur bande, alias (The) Arcade Fire, donner naissance à une œuvre au moins aussi réussie qu'un chef-d'œuvre ultime ? Il n'existe pas de réponse à ces questions. De la même manière que le Arcade Fire EP, sorti quelque temps seulement après Funeral, manquait singulièrement de saveur, ce Neon Bible, attendu comme le messie, comme peu de disques l'ont été avant lui, est un album non-sens.

Petit retour en arrière : en 2004 pour les sauvageons du web, adeptes des réseaux peer-to-pire, en 2005 pour les Européens qui attendent sagement les sorties officielles et qui achètent leurs disques, sort, en provenance du lointain Québec, un album d'une évidence déconcertante. Les premières écoutes désarçonnent mais on sent bien là la marque d'un très grand disque, lourd comme le deuil, porté à bout de bras par des voix habitées, des musiciens au bord de la rupture, une fièvre incroyable, une tétralogie sans pareille (les fameuses "Neighborhood #1", 2, 3 et 4). Ces Funérailles marquent la naissance d'un groupe qui se pose et s'impose comme l'un des meilleurs de sa génération, en emmenant avec lui une ribambelle de petites formations canadiennes qu'il inspire visiblement (Wolf Parade, The Besnard Lakes, etc.).

Un peu moins de trois ans plus tard sort Neon Bible, second album d'Arcade Fire, un disque profondément marqué par la religion, qui ne peut s'apprécier objectivement tellement les attentes sont énormes. De fait, les trois premiers morceaux passent, et les poils des bras que l'on imaginait se dresser, les frissons que l'on pensait ressentir, n'obéissent pas aux directives mentales. "Black Mirror", où l'on retrouve la voix si particulière de Win Butler, avec sa référence sans doute involontaire au "Mirror Mirror" des Robots in Disguise, passe en 4 minutes 13 sans laisser un grand souvenir, quand les "Tunnels" de Funeral laissaient entrevoir la lumière. Le refrain de "Keep the Car Running" le reconnaît d'ailleurs : ça vient quand ça vient ("it's coming when it's coming"). Et pour l'instant, on sait qu'on n'y est pas.

La première vraie baffe, c'est "Intervention". L'orgue, majestueux, rappelle que l'album a été enregistré dans une église et que la référence à la Bible n'est sans doute pas surfaite pour un groupe qui a permis à des hordes de fidèles de croire encore au rock en ce début de vingt-et-unième siècle. Ce titre, aux paroles particulièrement inspirées ("Working for the Church while your family dies"), est le premier à renouer avec la ferveur de Funeral. C'est à ce moment précis que l'on retrouve Arcade Fire tels qu'on les avait laissés. Ce morceau puissant, fiévreux, intense et presque magique, est malheureusement beaucoup trop court : il aurait pu donner lieu à une véritable épopée de plus de 8 minutes destinée au Panthéon des œuvres intemporelles.

La seconde baffe intervient un peu plus tard, après la pénible "Black Wave/Bad Vibrations", chantée partiellement en français par Régine Chassagne et malheureusement sans aucun intérêt. "Ce sera un long voyage sur les vagues de l'oubli"… Le groupe est décidément clairvoyant. En fait de vagues, c'est un océan de bruit, "Ocean of Noise", qui s'offre alors comme une victoire, une récompense, un titre presque radioheadien (référence dispensable, certes, mais la sensation est là), dominé par quelques arpèges de guitare, un sombre piano, des chœurs, des cuivres, et l'extase au bout du compte.

Quelle gageure que de devoir donner aujourd'hui une note à cet album quasi mystique, au packaging luxueux, de premier abord très inférieur à Funeral car très inégal, composé de morceaux a priori faibles ("The Well and the Lighthouse", "(Antichrist Television Blues)") et de futurs classiques évidents ("Windowsill", "No Cars Go" réorchestré depuis Arcade Fire EP, "My Body is a Cage"), mais auquel le temps donnera certainement une dimension nouvelle.

Le goût des autres :

note : 77/10Jeff note : 77/10Adrien note : 44/10Julien note : 99/10Laurent_old note : 88/10Nicolas note : 99/10Romain note : 99/10Popop note : 88/10Laurent