Mirage rock

Band of Horses

Columbia  |  2012
4 / 10
par Denis  |  le 24 septembre 2012

On achève bien les chevaux. Tu ne l’as pas vue venir, celle-là, pas vrai ? Elle aurait pu tenir lieu de titre à cette chronique. Il est évidemment peu probable qu’Horace McCoy ait prophétisé l’avènement des rockeurs barbus de Seattle au moment où il tissait le récit de ce célèbre marathon de danse dans lequel se jettent Robert Syberten et Gloria Bettie, mais il n’est pas interdit de penser que celle-ci aurait demandé bien plus tôt qu’on lui loge une balle dans le crâne si elle avait dû se déhancher sur Mirage rock.

Je l’avoue volontiers: c’est un peu sévère comme entrée en matière. Surtout à l’égard d’un groupe comme Band of Horses qui, mine de rien, vient déjà de livrer son quatrième album et jouit d’une réputation internationale à faire pâlir d’envie nombre d’artistes étiquetés indie. Mais bon, il faut voir ce qu’on nous propose aussi. Everything All the Time, le premier opus de Band of Horses, avait logiquement suscité l’enthousiasme au sein du petit monde de la critique : un featuring remarqué de Conor Oberst, un paquet de morceaux bien ficelés ("The Great Salt Lake", "St. Augustine", "Our Swords") et, au milieu de l’ensemble, un petit bijou d’harmonie mêlée d’intensité avec "The Funeral", titre appelé à devenir l’un des hymnes de ce début de XXIe siècle.

Ces promesses, toutefois, n’ont jamais été confirmées et, depuis, c’est peu de dire que Band of Horses décline. À ce titre Mirage Rock se révèle d’ailleurs un titre absolument génial de lucidité, tant cet album, dans sa totalité, n’est qu’ersatz et poudre aux yeux. Un oasis de fraîcheur qui semble apparaître au loin et s’estompe dès que tu l’écoutes, te laissant seul avec ta déception et un mal de crâne. Tout ça exprimé en deux mots bien tapés. Génial, franchement, il fallait oser.

Pourtant, il faut aussi admettre que ça ne semblait pas si mal parti : "Knock Knock", le titre liminaire de cette plaquette est un assez bon morceau, gentiment brut et d’une fausse naïveté charismatique, qu’une batterie énergique porte efficacement. Mais les choses se corsent très rapidement, à tel point qu’on finit par se demander si, en fait de Band of Horses, ce n’est pas le dernier Nada Surf qu’on est en train d’écouter. Semblant lassés d’eux-mêmes et voués à l’échec, les titres, quelques éclaircies mises à part ("Heartbreak on the 101"), se succèdent entre tentatives manquées ("How to Live" et ses élans country maladroits) et longueurs anonymes aussitôt oubliées ("Slow Cruel Hands of Time", "Electric Music", "Everything’s Gonna Be Undone"). Le cinquième morceau, "Dumpster world", est symptomatique du naufrage : s’ouvrant sur un intéressant essai de folk choral dont on serait même prêt à avancer qu’il rappelle vaguement Fleet Foxes, il s’égare, après deux minutes, dans une ferveur brouillonne et artificielle, toutes guitares dehors, qui ne mène nulle part, sinon vers un dénouement pénible.

Au fond, on ne peut légitimement pas reprocher à Band of Horses de manquer de génie : 90% des autres artistes évoluant dans le même créneau musical en sont également dénués. Mais il n’en demeure pas moins regrettable que le groupe, à défaut d’être novateur, ne parvienne pas à prolonger la recette qui a fait son premier succès et laissait présager le meilleur.