Metronomy Forever

Metronomy

Because Music  |  2019
8 / 10
par Émile  |  le 16 septembre 2019

Ça y est, Metronomy n’est plus ce jeune groupe révolutionnaire pour la pop de toute une génération. Plus encore : il est devenu depuis quelques années le groupe avec lequel on vieillit, et il arrive dans une phase particulièrement dangereuse de son évolution, à laquelle la passion s’éteint et on court le risque de devenir un groupe dépassé. On avait eu beaucoup de difficultés à apprécier Summer 08, qui donnait plus dans la redite morbide des belles années qu’autre chose. Alors que faire face au temps qui passe ? Refaire du vieux ? Se risquer à du neuf ? Metronomy Forever est arrivé dans nos oreilles avec l’ambition d’aller ailleurs et de briser le temps qui fait vieillir les musiques et disparaître la créativité.

Mais comment aller de l’avant quand on ne peut que regarder en arrière ? Pour Joseph Mount et sa bande, les histoires de cœur ont perdu leur vivacité. Les chatouillements émotifs des premières amours sont des statues de marbre, dessinées sous la forme d’une fête pour les 10 ans de Nights Out. Cette mélancolie, qui fonctionnait à plein régime pour Love Letters, c’était aussi celle qui nous inquiétait pour la suite de leur histoire.

Bien avertis du temps et de ses ravages, les membres de Metronomy assument : de l’inquiétude juvénile des amourettes, on est passé au dépit et au sérieux du mariage. Le « Wedding » qui ouvre l’album, les « I hear wedding bells » du morceau du même nom, c’est le constat lucide et métaphorique d’un tournant à prendre pour la romance de leur musique. Et il faut le dire clairement : Metronomy Forever ne ressemble pas aux albums précédents des Anglais. Mis à part peut-être avec Pip Paine (Pay The £5000 You Owe) au début de sa carrière, le groupe a toujours mis un point d’honneur à donner une couleur à chaque disque. Le mielleux mélodique de The English Riviera, la dissonance de Nights Out, l’unilatéralité des synthés dans Summer 08, tout conférait une unité très reconnaissable à chaque étape de leur évolution. Ici, l’hétérogénéité domine. Dans une esthétique toujours très calibrée 80’s, le rock reprend sa place, la musique électronique n’en perd rien, la pop varie, se multiplie, et comme un disque très adolescent, se cherche.

Être jeune à jamais ? Renouer avec l’insouciance quand tout dans la vie s’y refuse ? Si c’est ce qu’on retire de Metronomy Forever à la première écoute, il faut savoir dépasser le piège. Chaque morceau suinte le professionnalisme d’un groupe capable de produire un disque entier sans aucun gros raté. La précision des productions, l’efficacité des refrains, tout ce qui fait qu’on ne revient absolument pas aux débuts du groupe cohabite avec cette sensation aussi libératrice que dramatique d’entendre Joseph Mount prendre sa guitare sur « Upset My Girlfriend ». L’adolescent qui sommeille en nous se réveille alors qu’on est sur le point de demander notre copine en mariage, qu’on prépare une vie dans laquelle il n’a plus sa place. C’est son – dernier – regard qui appelle à la nostalgie des jours où l’on jouait de la batterie dans le groupe de rock du lycée, et que tout était à la fois si simple et si compliqué.

Pourtant Metronomy crée : l’amour n’est pas mort, leur musique non plus. C’est dans cette mélancolie adulte que renaît le désir d’autre chose. Une musique plus diverse, une vie plus pleine, une légère désorganisation maîtrisée par l’expérience. Les morceaux de Metronomy Forever se suivent et ne se ressemblent pas : avec ses moments de désespoir, le retour de l’amour, les fêtes, la vie a cet air familier du puzzle qu’on ne veut pas recomposer. Ils appartiennent cependant tous à cette mixtape mentionnée dans le dernier morceau, la mixtape de la personne aimée, qui garde en elle toute la réserve vitale dont on a besoin pour créer. Et soudain, magie. En acceptant que le temps passait, en décidant de faire de la mélancolie un carburant plutôt qu’une névrose, Metronomy est devenu le groupe avec lequel on rajeunit. Pour toujours.