Mess

Liars

Mute  |  2014
5 / 10
par Jeff  |  le 22 avril 2014

A la question « Est-ce que les Liars peuvent tout se permettre ? », il suffit d’écouter Mess pour avoir une réponse assez claire : oui. En effet, depuis sa création en 2000, le trio de Los Angeles a montré que, tel un Roger Federer de la culture indé, il était à l’aise sur à peu près toutes les surfaces, quand il n’était pas juste imparable sur certaines.

En six albums studio, Angus Andrew et les siens se sont imposés comme l’un des rares groupes capable de faire le lien entre musiques expérimentales et validation par un plus large public, sans jamais sacrifier certaines envies un peu folles ou carrément WTF (quand elles n’étaient pas NSFW) sur l’autel de la hype. En découle une discographie d’une pertinence rare, témoin d’un groupe qui n’aura jamais eu peur de mettre ses couilles sur la table. Car en effet, on se dit qu’entre les débuts dance-punk de They Threw Us All In A Trench And Stuck A Monument On Top et ce Mess sorti sur la référence Mute, le chemin parcouru est tout simplement immense.

Mais pour en revenir à la question posée en entame de chronique, la réponse par l’affirmative se justifie par la déclaration d’amour ici faite par les Liars aux machines. Certes, les Brooklynites ont toujours apprécié les bidouillages synthétiques, mais ils ont cette fois décidé de les faire passer au premier plan. Non sans désarçonner au passage. Car sur pas mal de titres de Mess, l’ambiance est plutôt « salut, c’est Trent Reznor, et on m’a demandé d’écrire des chansons pour une compilation destinée à être passée dans une fête foraine, de préférence dans une attraction de type ‘auto-tamponneuses’. » C’est complètement putassier, et ça fait appel à des émotions plutôt primaires. Mais quand on sait que ce sont ces mêmes émotions primaires qui étaient déjà ébranlées par la tribalité toute chamanique du génial Drum’s Not Dead en 2006, on reconnaîtrait presque une certaine cohérence dans le chef des Liars.

Mais voilà le hic, c’est que Mess, ce sont onze titres qui oublient un peu vite que ce qu’on l’aime chez ce groupe, c’est sa capacité à susciter le questionnement sur son approche musicale, et généralement pour les bonnes raisons. Et là où tous les précédents albums du groupe y parvenaient, Mess a un peu trop tendance à nous faire demander ce qui a bien pu pousser les Liars dans la voie de la vacuité créative. Certes, on peut s’amuser devant les délires presque eurodance du début du disque, mais on rigole un peu moins quand celui, vers sa moitié, commence à tourner à vide avant un final d’un bon quart d’heure en mode branlette intellectuelle interminable qui résonne comme ceux que les Américains ont pu produire de plus creux à ce jour.

Cette chronique, on a pris notre temps avant de la publier, conscients que la musique des Liars est du genre à mériter plusieurs chances tant elle nous a offert de grands moments de délires anxiogènes et de moments de transe jouissive par le passé. Mais pas de bol pour les fans de la première que nous sommes : malgré sa volonté de nous foutre le gourdin, ça bande mou d’un bout à l’autre du disque. On se doutait bien que le faux-pas arriverait un jour. Et quand on se dit qu’il intervient après une petite quinzaine d’années d’expérimentations en tous genres, il n’y a certainement pas de quoi rougir devant ce petit fiasco.

Le goût des autres :

note : 66/10Yann note : 66/10Maxime