March 2009

Be My Weapon

Talitres  |  2009
7 / 10
par Jeff  |  le 24 août 2009

Gamin, David Freel devait probablement être un piètre joueur de cache-cache, du genre à se faire démasquer en quelques secondes à peine, minablement dissimulé derrière un buisson rachitique. Pourtant, ce jeu devait vraiment lui plaire au petit David, lui qui aujourd'hui semble tout faire pour que le fan de base perde sa trace.

A la base, David Freel est surtout connu pour être la pièce maîtresse de l'entité Swell, aux côtés notamment de Sean Kirkpatrick. A eux deux, ces Américains ont enfanté une volée d'albums pour la plupart loués par la frange de la critique qui a bien voulu prêter une oreille bienveillante à leur indie folk tantôt tendu, tantôt lacrymal. Mais comme pour mieux brouiller les pistes et embarquer ses fans dans un perpétuel jeu de piste, le groupe a pris l'habitude de se produire sous d'autres noms, tels Swill ou – plus révélateur encore de ce besoin d'effacement – [Swell].

Aujourd'hui, c'est donc sous le pseudonyme de Be My Weapon que David Freel revient le plus discrètement du monde, accompagné non pas de son traditionnel acolyte, mais du batteur Ron Burns. Ceci étant, en l'absence de Kirkpatrick, Freel n'en profite pas pour réinventer la roue, mais préfère enfoncer un clou sur lequel il tape avec un bel acharnement depuis maintenant vingt ans. A ce stade de sa carrière, notre homme ne compte plus vraiment rallier des foules folles à sa cause, et il se limite donc sur March 2009 à faire ce qu'il maîtrise désormais à la perfection. Ces mélodies austères et lancinantes, qui ressassent à n'en plus finir des thématiques sombres et déprimantes, les amateurs du Swell les connaissent par cœur et March 2009 s'inscrit dans cette veine, même si la forme est ici plus acoustique et dépouillée que sur les disques de Swell. Le sentiment de familiarité sera d'autant plus évident que les dix compositions présentes sur cet album ont été écrites en amont du dernier album de Swell – 10 d'entre elles se sont ainsi retrouvées sur South of the Rain and Snow et les autres sur March 2009, deux disques sortis sur l'inestimable label bordelais Talitres.

Eprouvantes dans le sens où elles évoquent chez l'auditeur des moments de grande détresse et d'infortune sentimentale, les compositions de David Freel ne sont pas à mettre entre toutes les oreilles, pas plus qu'elles ne peuvent s'écouter à n'importe quel moment de la journée. Par contre, dans la configuration adéquate, tant le fan que le néophyte se plairont à explorer les méandres de l'âme blessée d'un David Freel qui semble ici se livrer à un troublant exercice thérapeutique.

Le goût des autres :

note : 77/10Nicolas