Mantasy

Michael Mayer

Kompakt  |  2012
6 / 10
par Jeff  |  le 14 novembre 2012

Si il y a bien une personne censée représenter l’entité Kompakt, c’est son cofondateur (avec Wolfgang Voigt et Jurgen Paape) et figure de proue, Michael Mayer. Et pourtant, si il y a bien un mec qui s’efforce à ne pas être réduit à ce fameux « son Kompakt », c’est bien le natif de Cologne. Certes, ceux qui l’ont déjà vu en DJ set vous diront que rien n’est plus faux, et on ne pourra pas leur donner totalement tort. Mais le problème est peut-être que l’Allemand passe le plus clair de son temps sur les routes. Pourtant, dès qu’il quitte les confins d’un club sombre, c’est un tout autre visage que Michael Mayer se plait à nous montrer, celui d’un producteur qui n’a pas en tête que cette électro à l’élégante froideur qui fait la renommée de la structure depuis tant d’années.

En même temps, il suffit d’écouter ses impeccables sélections mixées Immer pour comprendre que ce type-là n’est pas du genre à céder à l’empressement ou à la hype. Et il en sera de même pour ce second album solo, Mantasy. A l’image d’un Immer III qui s’ouvrait sur long et fantasmagorique remix du « Don't Let The Stars Keep Us Tangled Up » de Cortney Tidwell par la machine à groover Ewan Pearson, Mantasy débute de façon un peu contre-intuitive – du moins aux oreilles du fan lambda de Kompakt. Car là où d’aucuns s’attendent à voir Michael Mayer lancer directement les hostilités en faisant chauffer le compteur à BPM, l’Allemand prend en fait un malin plaisir à se perdre dans les méandres d'un imaginaire qui s'évade au gré des chemins de traverse, nous pondant quelques pistes rêveuses et méditatives qui lorgnent sur des territoires ambiant. Et Michael Mayer de révéler un côté de sa personnalité qu’il avait indirectement évoqué dans certaines de ses choix de DJ, et qui s’expriment enfin pleinement sur disque. Ainsi, sur la première moitié de Mantasy, c'est le bon vieux diesel Volkswagen qui parle.

Et si cette entame de disque pourrait refroidir les accros aux giclées de claviers à la glaçante beauté, c’est mal connaître le Michael Mayer entertainer, celui qui nous avait bien amusé avec Supermayer (et un disque comme Mantasy permet de comprendre l'influence qu'il a eu sur le projet) et dont le sens de la fête est élégamment distillé tous les weekends aux quatre coins du globe. Car une fois la turbine du natif de Cologne suffisamment chaude,  c'est tout la robustesse de l'industrie teutonne qui prend corps dans des pistes amenées à fracturer bien des cervicales. Et entre le groove chaleureux de "Good Times" (titre rehaussé par la présence de Jeppe Kjellberg de WhoMadeWho), un cuivré "Rudi Was A Punk" qui sonne comme le parfait complément au "Two of Us" de Supermayer et un "Voigt Kampff Test" plus imparable qu'un coup franc de CR7, c'est le clubber qui sommeille en vous qui va refuser d'aller se coucher.

Album visiblement pensé comme un dj set à l'extatique montée en puissance, Mantasy souffre cependant d'une progression par à-coups que l'on aurait voulus un peu plus délicats. Parce qu'au final, Mantasy ressemble parfois un peu trop à une de ces fameuses compilations Total dont l'effarante diversité en a par le passé découragé plus d'un. Et c'est dommage, car ce ne sont pas les bonnes idées qui manquent sur ce disque…

Le goût des autres :