Lush

Snail Mail

Matatdor  |  2018
6 / 10
par Jeff  |  le 26 juin 2018

Un peu plus de vingt ans après sa création, Pitchfork est devenu cette bible que tout le monde aime détester, machine énorme à qui on prête un rôle de faiseur de cool parfois un peu exagéré. Une impitoyable machine aussi qui, au regard de son pouvoir, se voit dans l'obligation de peser ses mots au moment de donner un avis que d'aucuns voient comme définitif quand ça les arrange bien. Notamment lorsque, sur Facebook, Pitchfork nous vend Snail Mail comme "the future of indie rock". On sait les réseaux sociaux friands de ce genre de teasing, mais on sait aussi que Pitchfork, bien que conscient des nouvelles habitudes de consommation, ne cède que rarement à la facilité. Pourtant, avec ce genre de dithyrambe pour un disque qui eu les honneurs du macaron Best New Music, on se demande parfois si l'auteur du papier a écouté le même disque que nous. 

Entendons-nous bien: Lush est une réussite incontestable, l'album d'une fille de même pas 20 piges qui raconte des histoires (souvent d'amour, souvent tristes) avec la maturité d'un bourlingueur de la scène. C'est bien simple: à l'exclusion de petites redites qui plombent un peu l'expérience, Lindsey Jordan éclabousse le disque d'un talent qui s'exprime à l'état le plus pur et la place directement comme l'une des plus belles promesses du folk-rock au féminin, s'en allant par la même occasion faire de l'ombre à des filles comme Lucy Dacus, Julien Baker ou Phoebe Bridgers. Chouchoutée par le label Matador qui n'a probablement pas regardé à la dépense au moment d'engager le producteur Jake Aron (Solange, Grizzly Bear ou Jamie Lidell), Lindsey Jordan a tout de l'investissement en bon père de famille: on tient une fille qui a les pieds sur terre, et les yeux en face des trous. Ainsi son Lush n'en fait jamais trop, ne tente rien d'insensé ou dangereux, ce qui veut aussi dire qu'il peut sembler aussi prévisible qu'une affaire de dopage dans un Tour de France. 

Vu son talent, on ne doute pas une seule seconde que Snail Mail soit là pour quelques années encore. Cependant, pour notre bien comme pour le sien, on lui souhaite de prendre un peu moins exemple sur Fiona Apple et Jeff Buckley, et un peu plus sur des filles comme St. Vincent ou Angel Olsen qui, pour le coup, incarnent nos envies de modernité avec une classe folle. Car s'il est bien une chose dont le rock a besoin en 2018, c'est de se réinventer.