Long Way Up

T-Love

Brawl Records  |  2008
7 / 10
par Simon  |  le 10 janvier 2009

Si vous lisez paisiblement ces quelques lignes sur l’album de T-Love, sachez que l’accomplissement de ce deuxième opus s’est révélé autrement moins serein pour Taura Love. C’est que cette journaliste, MC, rédactrice en chef, attachée de presse, animatrice radio, organisatrice de concerts a dû enjamber les unes après les autres les embûches posées en travers de son parcours musical pour voir enfin cet album paraître dans les bacs. Et pourtant le temps a passé, voilà dix ans maintenant que T-Love officie dans le milieu du hip-hop américain sans jamais connaître la gloire qu’elle mérite. Disque refusé, remanié, digéré, et recraché, Long Way Up sonne malheureusement comme un adieu définitif. Non pas que ces années de galère ont entamé la persévérance de cette guerrière de l’ombre, non, T-Love se destine tout simplement à une carrière dans la soul.

Et c’est particulièrement dommage car il faut avouer cette Américaine n’a pas son pareil pour maîtriser l’ombre et la lumière avec autant d’habileté. Côté pile, une emcee dans la pure lignée des grands du hip-hop oldschool : productions minimalistes, beats arides et scratchs effacés, tout y est pour revivre les heures de gloire du hip-hop des années nonante. Un flow à faire jalouser l’entièreté de la gente masculine affalée dans ce business. Mais pas seulement car côté face se dévoile la diva soul. Et c’est d’ailleurs quand les deux facettes de sa personnalité montent côte à côte au front que T-Love devient véritablement irrésistible. Symptôme trop persistant pour ne pas être relaté, cette similitude troublante avec Lauryn  Hill qui perdure titre après titre témoigne d’une qualité rare pour croiser ce que la soul et le hip-hop savent faire de mieux tout en prenant soin d’éviter à tout prix le cliché nu-soul. Dix ans de carrière résumée en un faux best-of, ou plutôt un point d’ancrage pour conter en long et en large une vision complète et passionnée de la cause hip-hop au sens large. Tellement complète qu’elle en arrive parfois à tirer en longueur, un simple album ne contenant qu’une série limitée d’espaces exigus pour des titres parfois fastes et riches d’idées profondes.

Dommage finalement que ce disque (condensé en vingt titres comme autant de faces B, chutes de studio et autres inédits) soit son dernier, car cette rétrospective montre bien à quel point le talent, combiné à l’authenticité ont fait de Taura Love une artiste à part, qui nous manquera très certainement quand les nouvelles princesses de la soupe pop/hip-hop/soul tenteront en vain de vous faire du charme au moyen de chorégraphies provocantes couplées à des vocalises ennuyeuses au possible. Il ne vous restera qu’à ressortir Long Way Up, l’histoire cette magnifique ascension pour vous souvenir du bien-fondé de la démarche, de l’amplitude de cette œuvre forte et foisonnante que l’on consommera encore et encore dans les mois à venir.