Little Red

Katy B

Rinse  |  2014
7 / 10
par Jeff  |  le 19 mars 2014

Un disque comme celui de Katy B ne peut être uniquement jugé à l’aune de nos préférences personnelles, sans quoi on lui collerait sans trop y réfléchir un substantif de nature fécale pour ensuite passer à autre chose. Non, ce second album de la jeune Anglaise, il convient de le placer dans un contexte bien spécifique: celui de la musique mainstream actuelle, celle destinée à la consommation de masse et aux oreilles pas bien aventureuses.

Car si le premier album de Katy B pouvait encore avoir quelques velléités indie, on comprend assez vite que ce Little Red a été confectionné pour se vendre en quantités industrielles – ce qui semble d’ailleurs plutôt bien marcher, puisque le disque a caracolé en tête du top albums britannique dès sa sortie, se permettant de devancer Avicii, Beyoncé ou Ellie Goulding. Et donc, si on pouvait concevoir la sombre bouse démoulée par Magnetic Man comme une tentative de l’intelligentsia bass music d’infiltrer les masses abruties (et, accessoirement, comme le chant du cygne des hérauts Skream et Benga), Little Red pousse encore plus loin ses ambitions de domination sur la Perfide Albion.

Comment pourrait-il en être autrement quand on voit le temps qui a été consacré à sa confection, quand on découvre la team de producteurs qui s’est penchée sur le bébé ou que l’on constate l’apport sur deux titreq (dont le tube « Crying for No Reason », qui semble tout droit tiré d’un album de Robyn) d’un certain Guy Chambers, qui n’est autre que le compositeur qui a offert à Robbie Williams ses plus grands succès, « Feel » et « She’s The One » en tête. Après, il n’y a évidemment rien de mal à voir des types élevés dans les sphères indie (la clique Rinse FM dans ce cas) s’attaquer à un produit destiné au grand public – un exercice casse-pattes par excellence, et certainement plus compliqué qu’il n’y paraît. En outre, on ne critiquera pas la démarche si le résultat, à défaut de décoiffer, propose au moins une lecture intéressante d’une musique qu’on a aimée dans la moiteur d’un club et que notre petite cousine de 15 ans découvrira peut-être un jour, avec 10 ans de retard, après avoir rincé ce disque de Katy B.

Ainsi, malgré une seconde partie un brin poussive, la rouquine de l’écurie Rinse réussit à nous pondre un second disque qui fait d’elle un poids lourd de l’industrie : les productions du mentor Geeneus ou des copains Jacques Greene et Joker sont travaillées à l’extrême, la voix est constamment maîtrisée (on sent qu’il y a eu pas mal de coaching depuis On A Mission) et le soin du détail permanent. Sans parler des singles potentiels qui se baladent un peu partout, et qui font de ce disque un objet véritablement populaire. Et clairement, si les ondes pouvaient être bouffées par des disques comme celui-ci plutôt que par une énième resucée EDM ou le dernier étron de La Fouine, on passerait peut-être un peu moins de temps à jouer les pisse-froid.