Life Without Sound

Cloud Nothings

Carpark Records  |  2017
7 / 10
par Quentin  |  le 9 février 2017

Début 2016, après quelques années passées à Paris et dans le Massachusetts, Dylan Baldi retrouve Cleveland, où il est né. Ce n'est peut-être qu'une impression mais la ville lui paraît différente - moins sombre, plus agréable. Les gens semblent plus heureux, aussi. Difficile d'identifier les causes exactes de cette métamorphose mais pour un changement aussi remarquable, il y a forcément une raison. Aussi absurde que celui puisse paraître, cette raison pourrait bien être Lebron James. On s'explique. En 2016, les Cavaliers du King James vivent une fin de saison épique qui les voit sacrés champion de la NBA pour la première fois de leur histoire. Cleveland relève désormais la tête, et Dylan Baldi avec. Un changement d'attitude qui se ressent sur Life Without Sounds.

En 2012 avec Attack On Memory et en 2014 sur Here And Nowhere Else, les Cloud Nothings canalisaient leur rage dans un mélange de noise et de grunge. Mais le temps a fait son œuvre et cette rage, inhérente à l'âge de Baldi lorsqu'il avait composé ses premiers albums, semble s'être estompée sur Life Without Sounds. L'artiste le reconnaît, confessant qu'il ne pourrait plus écrire comme à ses 18 ans. Trop authentique pour répéter inlassablement le même schéma énervé, Baldi a grandi et compose aujourd'hui des titres qui évoquent les groupes émo des années 90 et du début des années 2000. Alors qu'on voyait au loin le spectre de Fugazi ou de Drive Like Jehu sur les précédents albums, on pense plutôt à Death Cab For Cutie ("Things Are Right With You") voir carrément à Weezer ("Enter Entirely") sur Life Without Sound. Un ressenti qui passe évidemment par une production plus soignée et confiée à John Goodmanson, dont le tableau de chasse inclut des formations comme Nada Surf, The Posies ou... Death Cab For Cutie. 

Il faut bien reconnaître que les premières écoutes sont déroutantes. On s'attendait à retrouver les guitares grasses et la voix brisée de Baldi mais le virage pris par le groupe nous offre un nouvel aperçu de son potentiel insolent. Parce que c'est bien ce dont il est question ici. En présentant ce qu'ils ont fait de plus optimiste depuis leurs débuts, les Cloud Nothings nous prouvent que leur talent ne se doit pas d'être sauvage pour être efficace. Mais ce changement ne peut simplement être imputé au fait sportif qu'on évoquait plus haut: Baldi lui-même se sent mieux, avouant qu'il n'a plus le sentiment d'avoir gâché sa vie. Ce qui ne l'empêche quand même pas de nous pondre quelques brûlots ("Strange Year" et "Realize My Fate" en tête), histoire de nous rappeler à quel point il excelle quand il s'agit de brutaliser son matériel.

Quitte à enfoncer des portes ouvertes, on en vient à la conclusion qu'il est indéniable que le contexte influence la création. Après avoir traversé une période de creux (lisez une rupture amoureuse) et de remises en question, Dylan Baldi a (re)trouvé une ville qui l'inspirait, avec des conséquences directement visibles sur ce quatrième long format. On a longtemps hésité à qualifier Life Without Sounds d'"album de la maturité" mais cet adjectif ne collera jamais à un groupe qui donne (malgré lui) l'impression de préserver cette sensibilité faussement teenage. Moins brutal que ces prédécesseurs, cet album montre la fragilité assumée du groupe, son côté émo réfoulé. Et si ce n'est pas de la maturité, c'est au moins de la sagesse de savoir qu'on peut dompter sa nature.