Let It Beep

Royal Bangs

Audio Eagle Records  |  2009
7 / 10
par Gwen  |  le 9 décembre 2009

Knoxville, Tennessee. Une bande de cinq barbus bidouillent cordes et boutons dans leur grenier. Ils bidouillent tant et si bien que leurs bricolages sonores parviennent aux oreilles affutées de Patrick Carney, batteur des Black Keys, qui n’est décidément pas le dernier des manchots. En 2008, ce dernier lance à travers son label Audio Eagle Records, le premier album des Royal Bangs (We Breed Champions) qui, malgré quelques bijoux pop rock cradingues, passera relativement inaperçu. Une courte année plus tard, les Sudistes réapparaissent avec un second effort ludique et vivifiant.

Tandis que la grippe A poursuit son oeuvre en ce triste début d’hiver, Let It Beep fait office de généreuse cure de vitamines. Tu cherches ta dose de basses distordues? De clapements de mains? De synthés foutraques? De choeurs décalés? Fais ton choix, mon petit bonhomme. Judicieusement envoyé en première ligne, "War Bells" exhibe une belle tête de vainqueur. Besoin d’un moment de saine régression? Saint-Nicolas t’apporte ton lot de claviers Fisher Price déglingués et de comptines robotiques ("Brainbow", "Conquest II"). Alors que The Rapture s’est légèrement détourné du droit chemin, Royal Bangs reprend le flambeau de la cloche de vache funky sur "My Car Is Haunted". Sans risquer l’indigestion, on pourra également goûter à un très strokien "Shit Xmas" ou à une part de punk bruitiste et enjoué ("1993").   

Au pied de la cheminée, Beck se bat en duel avec les Flaming Lips, Pavement joue aux cartes avec LCD Soundsystem. Ces incessants changements de température ont l’avantage de surprendre les oreilles ensommeillées même si certains passages peuvent se révéler éprouvants (tel le démarrage de "Gorilla King" qui s’apaise heureusement par la suite). 

Le produit fini possède l’attendrissant fumet du “fait maison” en évitant par une belle cohérence, de ne pas flairer la vieille boîte en carton fourre-tout. Sans être d’une originalité fulgurante, Let It Beep a l’intelligence de conjuguer les références de bon goût, de les assimiler et de les restituer sous la forme d'un patchwork dense et rafraîchissant. Tous les ingrédients sont sur la table, les rythmes descendent bien dans les chevilles, la prochaine livraison devrait définitivement les projeter sur le devant de la scène. Ou peut-être celle-ci suffira-t-elle?