La Tournée Des Grands Espaces

Alain Bashung

Barclay  |  2004
8 / 10
par Popop  |  le 24 février 2004

Plus que dans les pays anglo-saxons, l’album live est une tradition en France. Existe-t-il un rapport particulier entre les artistes hexagonaux, la scène et leur public ? Ou bien ne faut-il voir là qu’une stratégie marketing tellement bien ancrée dans les mœurs que même les plus grands s’y prêtent presque par réflexe ? Sans doute y a-t-il un peu des deux. Mais au fond, pour une fois on ne s’en plaindra pas, car la dernière tournée du géant Bashung mérite bien de voir un témoignage de gravé.

N’ayant pas donné de concerts après la sortie de Fantaisie Militaire en 1998, cette Tournée des Grands Espaces (nommée d’après les paroles du morceau "Mes Bras") est l’occasion de découvrir pour la première fois en live les compositions des deux récents chefs-d’œuvre du chanteur. Si L’Imprudence n’a pas encore révélé tous ses secrets de studio, les morceaux dévoilent déjà une seconde personnalité sur scène : "Faites Monter" gagne désormais en hargne là où l’immense "Le Dimanche à Tchernobyl", écourté de sa fin bruitiste, se révèle être l’un des morceaux les plus directs de tout le catalogue de l’artiste. Articulé entièrement autour de ces deux pierres angulaires de sa carrière avec une préférence pour le cru de 1998 (neuf titres de Fantaisie Militaire de joués contre seulement sept pour L’Imprudence), le spectacle est également l’occasion de redécouvrir quelques-uns des titres les plus obscurs égrenés au fil des ans : "Légère Eclaircie" (sur Novice), "What’s In A Bird" (sur Figure Imposée) ou encore "Martine Boude" (sur Play Blessures). Le tout aidé d’un son résolument très rock, saturé de guitares stridentes et d’une rythmique sans faille.

Histoire de bousculer un peu les habitudes, le très long rappel qui s’ouvre avec 2043 est l’occasion d’une mini-thématique sur le rapport à la femme aimée, Chloé Mons le rejoignant sur scène pour deux titres (dont le génial "Cantique Des Cantiques") avant de disparaître en coulisses alors que résonnent les premiers accords de "Madame Rêve"… Et si le passage obligatoire par les tubes se révèle moins convaincant (des versions copié-collé sans enthousiasme de "Ma Petite Entreprise" ou "Osez Joséphine"), le choix du final sur les deux extrémités de Fantaisie Militaire, "Angora" et "Malaxe", ne fait que conforter l’impression de bonne santé d’un artiste qui refuse de s’endormir sur ses lauriers. Qu'on se le dise, le dernier des grands français est encore au sommet de son art.

Le goût des autres :

note : 1010/10Julien