La Petite Nicole

Torngat

Alien8  |  2009
8 / 10
par Romain  |  le 2 juin 2009

Issu des confins d’outre-Atlantique, Torngat (ndlr : chaîne de montagnes qui sépare le Québec de Terre-Neuve ; ça ne s’invente pas) est un trio de multi-instrumentistes aussi talentueux qu’inconnus sur le Vieux Continent, auteur de La Petite Nicole, un deuxième album studio. Si en plus on vous assure que ces messieurs tissent leur post-rock autour d’un cor de chasse, on va encore se dire que Goûte Mes Disques va vraiment les chercher n’importe où. Détrompez-vous, lecteurs dubitatifs, car Torngat, c’est vraiment du caviar.

Aussi expérimental que ça en ait l’air sur le papier, le groupe ne s’éloigne pas trop des sentiers battus. Au fond, un cor, quand c’est enregistré de loin avec un micro qui crache, ça ressemble un peu à une guitare ultra-saturée ; et si à cela on ajoute plusieurs claviers superposés et une batterie basique, c’est tout de suite plus sérieux. On en revient donc à une formation peu conventionnelle, mais à la sonorité assez familière, douce mais pas trop.

Rien d’extravagant donc, car l’atmosphère de La Petite Nicole est tout ce qu’il y a de plus sobre et intimiste. Chaque note est cajolée et mesurée avant d’être posée, un peu à la façon des instrumentales d’Our Broken Garden ; Torngat est peut-être muet, sa musique n’en est pourtant pas moins évocatrice. Pas autant de grâce, certainement, que le groupe danois, mais un don formidable pour évoquer la nostalgie et titiller l’imagination. En effet, avec son allure de générique de série noire, la musique de Torngat est indiscutablement cinématographique ; on songe volontiers aux films de vacances en Super 8 des grands-parents (façon Goodbye Lenin) ou aux extraits de Nosfératu qu’un fan boy colle de temps en temps sur la musique d’Arcade Fire.

Puisqu’on en parle, faisons le rapprochement avec la bande de Win Butler : notre joueur de cor (celui-là même qui vous a fait sourire il y a 40 secondes) n’est autre que Pietro Amato, un des musiciens qui a secondé le groupe pour Funeral. On ne vous dira pas que la ressemblance est franche et éhontée, mais qu’il y a bien un petit air de famille (notamment avec « L’école pénitencier », dont le rythme ne trompe personne).

En bref, et pour croquer cet album au burin une dernière fois, on pourrait imaginer que, si on avait demandé à Yann Tiersen de refaire la B.O. d’Amicalement vôtre avec le même matos, il n’aurait pas fait mieux. Allez-y donc franchement, c’est permis !

Le goût des autres :