Konoyo

Tim Hecker

Kranky  |  2018
9 / 10
par Côme  |  le 12 octobre 2018

La vie est dure pour le petit producteur d’ambient. Des heures passées à sortir tes VST les plus obscures, à trouver des field recordings d’oiseaux en voie de disparition et améliorer ton référencement Bandcamp pour te faire doubler par un post Instagram post-internet proto-schlag de la nouvelle pochette de Tim Hecker. Monde de merde. Et pourtant, impossible pour le moment de trouver quoi que ce soit à redire à la discographie du Canadien, qui depuis quasiment 20 ans continue de tracer sa voie dans les musiques que l'on qualifiera de gentiment expérimentales. Après un Love Streams pour 4AD que l'on n'hésitera pas à qualifier deux ans plus tard d'album mineur, Tim Hecker revient sur Kranky. Plus d’expérimentations sur la voix au programme de ce Konoyo, mais une exploration de la musique japonaise très codifiée qu’est le gagaku.

Il n’y aura pas ici d’explication vaguement ethnico-musicologique du gagaku. D’abord parce que je ne vous ferai pas l’affront de vous infliger un mélange de copier-coller Wikipédia et de mensonges éhontés. Et surtout parce que le gagaku n’est ici qu’un prétexte, une excuse pour continuer d’ouvrir en deux des instruments, de les subjuguer pour mieux les sublimer. Si l’on disait à l'époque de Love Streams qu’il faisait « rentrer bien plus de lumière dans ses constructions, notamment en adoucissant les différences de ton entre les parties électroniques et acoustiques », Konoyo signe un retour à la radicalité et à la cassure sonore, bien au-delà de Virgins. Là où il était question auparavant de construction et déconstruction d’énormes ouvrages sonores, Konoyo se contente de lacérer et détruire flutes et cors, ne laissant derrière lui que des bribes de mélodies et des structures en ruine. Un disque tout en abrasion et démonstration de puissance dans sa disharmonie, ressemblant en cela bien plus à ses premiers travaux drone ou à un Harmony in Ultraviolet sous stéroïdes.

Quasiment éprouvant dans sa radicalité, Konoyo montre que Tim Hecker a plus que jamais sa place dans le cénacle des musiques expérimentales. Si je me demandais il y a deux ans quand j’allais à nouveau pouvoir crier au génie, je ne peux que m’incliner devant un pareil coup d’éclat. Team Hecker.