King Push : Darkest Before Dawn - The Prelude

Pusha T

G.O.O.D. Music  |  2015
8 / 10
par Jeff  |  le 4 janvier 2016

Depuis toujours, le hip hop a été une histoire d’esbroufe. L’une de ses principales raisons d’être est cet interminable concours que quéquettes où régulièrement, celui qui dit avoir la plus belle, la plus grosse et la plus dure a juste une petit ver de terre tout fatigué dans le slip. Ainsi, le quotidien du fan lambda de double H est plus que jamais cadencé par les annonces tapageuses, les rumeurs folles, le teasing de bâtard, et donc, la possibilité de voir débarquer tous les quinze jours le disque rap de la décennie. La déception, il a simplement appris à vivre avec, surtout s'il est fan de Pusha T.

En effet, comment ne pas avoir envie de tout envoyer chier quand un des emcees les plus talentueux de sa génération n’a toujours pas livré l’album-référence qu’on est en droit d’attendre de lui? Des featurings complètement dingues, il en a déjà livré une chiée. Des singles imparables, ce n’est pas ce qui manque non plus dans le back catalogue de l’ex-Clipse. Par contre, sur la longueur d’un format, on attend encore de voir. Ce sera peut-être sur King Push, souvent repoussé mais finalement annoncé pour le printemps. Dans l'intervalle, le emcee californien en remet une couche niveau bluff: en attendant ce fameux deuxième album, on peut patienter avec la mise en bouche King Push: Darkest Before Dawn – The Prelude. Dix titres seulement, un avant-goût de l’une des sorties hip-hop les plus attendues de 2016.

Et pour une fois, on peut dire qu’on a toutes les raisons d’être surexcités. On n’a pas juste un pauvre single à se mettre sous la dent, ou une campagne sur les réseaux sociaux pour masquer le vide. On retrouve Timbaland, Kanye West, Hudson Mohwake, Puff Daddy, Q Tip, The-Dream, J.Cole, Boi-1da ou Travi$ Scott autour de Push-a-Ton. Et à l’écoute de ce disque court, on a l’impression que ce casting de darons a autant envie que nous de voir Pusha T accoucher de ce disque qui mettra enfin tout le monde d’accord sur sa capacité à exister autrement qu’à travers des fulgurances, aussi bandantes soient-elles. Car le constat est clair : tout le monde a compris que pour qu’il brille, Pusha T a besoin de productions sombres et minimalistes, qui permettent à son flow unique d’occuper l’espace, de balancer de la punchline par camions et de parler de ce qu’il préfère (souvent, le trafic de drogue). 

Bref, ça fait un plaisir dingue de voir que pour une fois, certains des plus gros noms du rap jeu ont accepté de laisser leur égo au vestiaire. On pense notamment à Kanye West et A$Ap Rocky, presqu’invisibles sur « M.P.A. », single imparable et seul moment de véritable quiétude sur le disque. On se félicite également de certains choix de guest verses incroyablement pertinents: quel plaisir d'entendre le vétéran Beanie Sigel, la quarantaine fringante, balancer son flow rocailleux sur l'altier « Keep Dealing ». Et partout sur le disque, quel bonheur de croiser un Pusha T survolté, volontariste et réellement impliqué. Comme si, pour une fois, il croyait autant que nous à la puissance de ce King Push sur lequel reposent désormais nos attentes pour 2016.

Le goût des autres :