Joy

Scratch Massive

Chateaurouge  |  2009
6 / 10
par Jeff  |  le 15 juin 2009

C'est de bonne guerre: avec le retour des beaux jours, le chroniqueur consciencieux se coupe en quatre pour combler de plaisir ses lecteurs et part à la recherche du « mix barbecue » idéal, celui qui participera autant à la réussite du rassemblement qu'une cuisson parfaite de la merguez ou un assaisonnement au poil de la vinaigrette. Généralement, le disque en question se doit d'être un savant mélange d'exigence dans la sélection et de facilité dans l'écoute – parce que soyons francs, ce n'est pas votre mixtape des plus grands tubes de l'électro-acoustique italienne ou des indispensables du kraut allemand de décembre 1972 à juillet 1974 qui risque de propulser vos convives vers un nirvana chipolatesque.

Dans un registre pour le moins percutant, nous vous avons déjà évoqué ou conseillé l'excellent Composite de John Lord Fonda, l'incandescent Live At Rock Werchter de la grenouille gantoise Dr. Lektroluv ou le Bugged Out tout en testostérone du maître à danser Erol Alkan. A cette petite liste, vous pouvez également envisager d'ajouter le Joy du duo français Scratch Massive, parachuté dans les bacs juste à temps pour les traditionnels gueuletons en plein air qui rythmeront vos weekends estivaux.

Plutôt imprévisible mais rarement au repos, le couple formé par Maud Geffray et Sébastien Chenut nous revient donc avec cette galette mixée après nous avoir servi ces dernières années un premier mix album des plus  réussis (Naked), deux albums studio, une B.O. pour Zoé Cassavetes, un DVD retraçant leur dernière tournée live, sans avoir évidemment oublié de peaufiner leur technique de maîtres de cérémonie en assurant de nombreux DJ sets aux quatre coins du globe.

Planant et confortablement calé sur un agréable tempo de 120 BPM, Joy est un mix qui plaira clairement à tous les amateurs d'éclectisme désireux de s’assurer un retour sur terre tout en douceur après une folle nuit d’excès en tous genres. En effet, à la lecture du tracklisting, on comprend rapidement que le duo n'a pas pour intention de nous assommer avec sa connaissance encyclopédique d'un genre bien particulier mais préfère faire à nouveau montre de cette ouverture d'esprit qui a fait sa renommée: ainsi, on retrouve sur Joy le prog rock visionnaire du Alan Parsons Project, la pop synthétique de Tears For Fears, le post-punk de Poni Hoax revu et corrigé par la reine de l'électro champêtre Chloé, la house bien 80’s de Kraze ou encore la minimale de Kalabrese. Et aussi étonnant que cela puisse paraître à la lecture des forces en présence, Joy se révèle être une sélection solide et uniforme, qui passe comme une lettre à la poste et ne voit pas le duo se laisser aller à des enchaînements à la tronçonneuse comme c’est parfois le cas sur certaines compilations qui jouent à outrance la carte de la mixité de genres.

Tombant pile-poil pour souffler la première bougie de la structure Module, dont la première sortie n'était autre que le live de Scratch Massive, Joy est un joli cadeau pour cette équipe d’acharnés qui gèrent ce label/distributeur dans les temps tourmentés que l’on connaît. C’est aussi une énième opportunité de jauger la bonne forme du duo, même si on aurait préféré qu’il nous serve un nouvel album plutôt que ce mix qui, avouons-le quand même, ne restera pas dans les annales malgré tout le capital sympathie qu’il convient de lui accorder.