Jesu/Sun Kil Moon

Jesu/Sun Kil Moon

Caldo Verde Records  |  2016
8 / 10
par Michael  |  le 11 février 2016

Mark Kozelek et Justin Broadrick sont deux fortes têtes qui ne mâchent généralement pas leurs mots et portent un regard acerbe et sans complaisance sur leur prochain, ou le microcosme de l’industrie musicale. Un regard qu’il faut toutefois nuancer par une mélancolie et - on peut oser utiliser le mot - une tendresse qui confèrent à leur musique une telle profondeur que l’on en a parfois du mal à sonder le fond.

Cette collaboration Jesu Sun Kil Moon n’a donc rien de surprenant. Elle aurait même pu intervenir plus tôt que ça ne nous aurait pas étonnés, tant Mark Kozelek clame de longue date son admiration pour Godflesh. Et notamment sur le titre « The Possum » sur le dernier Sun Kil Moon dont nous vous parlions ici-même l’an dernier. Cette collaboration, elle n’a rien de surprenant non plus en termes d’alliance sonore, quand déjà au sein des Red House Painters Kozelek faisait régulièrement montre d’un attrait pour les longs et lents paysages soniques distordus, croisement fantasmé entre un lyrisme à la Neil Young et le son froid hérité de Hüsker Dü.

Au niveau du résultat, pas de surprises : on a ici une alliance parfaite entre les deux entités. Tant les fans de Broadrick que ceux de Kozelek y trouveront ce qu’ils aiment dans les productions des bonhommes. Si comme nous vous êtes des inconditionnels des deux, vous serez doublement comblés. Dès le riff introductif de « Good Morning My Love », on a l’impression de retrouver la même force monolithique que sur l'EP Silver. Une espèce de masse sonore plombée et paradoxalement légère. Un son lourd et métallique et pourtant extrêmement lumineux. Bien que l’approche musicale soit différente, on n’aura de cesse de penser à l'un des sommets de la discographie kozelesque : sa collaboration avec Jimmy Lavalle pour l’album Perils From The Sea. Là encore, une symbiose parfaite pour un album dont on ne s’est pas encore lassé.

Ce qui apparaît donc comme une rencontre logique demeure un disque surprenant. On avait un peu de mal à imaginer la logorrhée verbale de Kozelek sur les murs de son auxquels nous a habitués Broadrick dans Jesu et à son approche d’ordinaire très éthérée des parties vocales. Et pourtant, on ne peut que constater le résultat. Là où Jesu jouait sur des partis-pris sonores et des constructions très shoegaze, la masse verbale de Kozelek apporte une tension, un crescendo et une certaine théâtralité à cette lancinance. Bref, au rythme où ça va, Kozelek pourrait chanter sur un disque de reggaeton qu’on arriverait à trouver ça bien.  

Le goût des autres :