IT'S OK

Fantomes

Pan European Recordings  |  2021
8 / 10
par Pierre  |  le 9 mars 2021

Le trajet pour introduire le groupe garage / grunge Fantomes peut paraître sinueux, mais ce serait nier qu'il puise l’essentiel de sa force dans sa structure élémentaire, le duo, qui oblige à une perpétuelle prise de responsabilité de la part de chacun de ses atomes. Quitte à démultiplier la charge de boulot et l’étendue des responsabilités leur incombant, nos deux apprentis Casper ont donc préféré se débarrasser de l’invariable connard toujours étrangement parti pisser jusqu’au travail miraculeusement achevé, et ne miser que sur leur propre autosuffisance pour assurer le job. 

Et c’est toute cette interdépendance et ce sens des responsabilités qu'exaltent chacun des titres de ce IT’S OK, lesquels brillent autant par leur concision et leurs mélodies que par l’atmosphère dont ils sont vecteurs. Des mélodies imparables et qui cognent fort, d’un "Rainbow" dont l’efficacité le place d’emblée parmi les meilleurs titres de ce début d’année, au solaire et très californien "City at Night", en passant par la gaieté toute mélancolique de "Back With The Sun" ou l’énergique douceur de "Parker Lewis". C’est donc un travail parfaitement optimisé et symbiotique que nous livre le duo parisien, au sein duquel chacun propose un jeu le plus exhaustif possible, rythmé par la perpétuelle connaissance du besoin énergétique requis pour pallier aux possibles insuffisances de la formule duo. Ainsi, Fantomes parvient à proposer un album d’une très grande énergie, croisant toute la vigueur du rock garage à l’indifférence feinte d’un esprit très indie.

Car à l’image de son intitulé que l’on pourrait presque traduire par « m’en bats les couilles frère », IT’S OK est un album profondément nineties, en ce sens qu’il déroule une certaine idée du cool ; un cool nonchalant et faussement inconséquent, sourire en coin, qui se vivrait en trainant des pieds sur ce qu’il reste de son jean. C’est alors toute une esthétique d’indolence et de détachement qui transpire de ce premier effort, très Pavement dans l’intention donc, conférant à ces dix titres l’aura vulnérable d’un loser magnifique et travestissant joliment la réalité d’un duo pourtant extrêmement impliqué. 

En somme, IT’S OK est un exercice d’anamorphose assez périlleux, visant à déformer la réalité d’un groupe parfaitement potentialisé et d’une musique habilement optimisée en une petite broutille toute légère, bricolée à la va-vite dans le périmètre réduit d’un désintérêt complet. Une démarche franchement casse-gueule donc, qui s'avère finalement n’être qu’une subtile histoire de dosage. Car en fin alchimiste, le duo évite de tomber dans des attitudes de poseur, et déplace suffisamment la focale pour que demeurent invisibles les parts de maturité et d’exigence requises par l’exercice. IT’S OK est donc un album en trompe-l’oeil, une illusion d’optique, presque une hallucination auditive. Mais surtout un excellent disque. 

Le goût des autres :