Invisible

The Feather

JauneOrange  |  2013
7 / 10
par Amaury  |  le 2 octobre 2013

En 2012, le label JauneOrange prend sous son aile le groupe Dan San, dont l’album Domino parvient à séduire et souffler sur les routes étrangères, l’air humide de nos mystiques Ardennes. Durant ces expéditions indie-folk, se détache une plume duveteuse qui ne cesse de virevolter au sein des mêmes courants d’air. Ainsi, la voix de Thomas Médard déborde le sillon de la formation pour tracer parallèlement ses échappées distraites, qu’il peut alors nommer The Feather.

Le projet se présente comme un mélange entre Sufjan Stevens, Department of Eagles et les travaux instrumentaux de Daniel Elfman ou d’Eric Satie, enveloppés d’une nébuleuse proche de Grizzly Bear. Légèrement osées, les étiquettes qu’il se donne pourraient ne pas convaincre, mais l’album Invisible porte incontestablement le spectre de Dan San et, quel qu’en soit le nom, la référence cinématographique est indéniable. Représentée par la pochette, une ambiance de souvenir sépia flotte sur tout le disque, médium de la réminiscence, au point que se dessinent des images floues, directement tombées d’une super-8, qu’accompagnent les mouvements de multiples formes de nostalgie.

Plus loin que le souvenir, s’établit un univers onirique épais, original, dont la féérie oscille entre insouciance puérile et gravité de l’âge adulte. Le mouvement entre ces deux pôles s’illustre sur le manège aux chevaux de bois que fait tourner le titre « What if ». Et le reste de l’album poursuit sa traversée automnale, dans un tunnel de végétation que baigne cependant le halo d’un soleil de septembre. Quand ce ciel gris devient trop lourd, trop écrasant, trop cendré, un rayon perce et le visage ébloui se réchauffe avec satisfaction. Invisible est insaisissable, tant par son atmosphère que sa construction. L’usage massif de glockenspiel et vibraphones, la profusion de couches instrumentales, le chant fantomatique omniprésent, l’absence de vie et d’énergie, à la longue, tendent à convertir l’agréable rêve en atmosphère trop étouffante, voire irrespirable. Cependant, au seuil critique de saturation, une porte claque et un coup de vent rafraîchit le tout avec fulgurance : rotation explicitement présente sur « Invisible » et « Feather Tree ».

Si la sonde onirique que Thomas Médard a mise sur pied, quasiment tout seul, présente un intérêt certain, l’énergie caractéristique de Dan San peut manquer par moments. De même, pour les plus turbulents, l’homogénéité collante de l’album pourra déranger. Néanmoins, conscient de ce risque, le projet s’est élargi afin de proposer des performances live qui transfigureront l’album selon une dynamique plus rock. Pour exprimer cette dernière, la formation sera composée de membres de Pale Grey, Dan San, My Little Cheap Dictaphone, et d’autres, issus du jazz et de l’électro. Chaque concert sera ensuite distillé dans une vidéo-souvenir nommée « Tape ». Ainsi, ceux qui ne se plaisent pas à flemmarder trop longtemps sous la couette d’Invisible, pourront se réveiller sous de nouveaux élans.