Invisible Landscape...

Mergrim

Moph  |  2011
7 / 10
par Simon  |  le 6 mai 2011

A l'instar des joueurs de foot et des jeux vidéos, les musiques électroniques japonaises ont toujours eu un statut à part. Pour des raisons culturelles autant que géographiques, la production musicale nippone a toujours évolué selon un mode quasi autarcique fascinant, où seule une partie infinitésimale de cette culture parvient finalement à se frayer un chemin jusqu'à nos contrées européennes. Même si cet état de fait soit tout sauf musical, nous pouvons affirmer que ces clichés avérés sont un puissant stimulus pour les petits Européens que nous sommes. L'impression de franchir une frontière, d'abandonner ses certitudes culturelles pour frôler de près celles du voisin.

Le disque ici chroniqué est intégralement versé dans ce transfert culturel évoqué plus haut : les maigres informations à glaner ci et là sont toutes en japonais, le label est japonais et son auteur, un certain  Takahisa Mitsumori, est Japonais. Tout comme les nouilles lyophilisées aux notices illisibles, le premier disque de Mergrim est un pur produit du soleil levant. Et tout comme ces nouilles, ce disque flatte les sens. On le sait, en matières de musiques électroniques, les Japonais ont un truc bien à eux : l'electronica extrêmement mélodique et ciselée. Une musique un peu simple, un peu fouillée, un peu chantée et un peu cliché. Une vraie industrie nationale. Invisible Landscape... est tout cela, en vraiment bien. Une comparaison avec Amestub est loin d'être idiote, car les deux producteurs partagent cette même vision faite d'idiomes signalétiques et de codes binaires pour grands enfants. Ça syncope les rythmiques avec une précision toute académique, ça joue sur les textures et ça gicle des mélodies à faire pleurer une statue. Le peu de vocalises, généralement vecteur de pathos franchement dégueulasse, est ici admirablement bien géré – en témoigne le superbe « Shdwgrph *Grain ». Ici les baby dolls aux voix de chatons ont été rangées au placard : s'il doit filtrer quelques borborygmes, ils seront modifiés à outrance et ne laisseront transparaître aucune pitié superflue.

Invisible Landscape... est donc autant rural et bucolique que franchement technologique. Une ballade dans le Tokyo nocturne, à condition que l'intérieur du taxi soit tapissé de fleurs et de mots d'amour. C'est beau, décalé et réellement bien produit. C'est japonais en somme. Une vraie belle découverte qui s'apprécie d'autant plus qu'elle vient de loin, et qu'elle est le reflet authentique de toute une culture électronique dont nous ne serons jamais maîtres.