If i am overthinking, talk about anything, any damned thing

Delacave

Teenage Menopause Rds  |  2016
7 / 10
par Michael  |  le 30 janvier 2017

On vous l’avait dit il y a quelques semaines au sujet de l’album de Mary BellChroniques sorti chez le Turc Mécanique : cette année 2017 démarre très fort. Cette fois-ci c’est Teenage Menopause qui dégaine avec ce deuxième album de Delacave, If i'm overthinking, talk about anything, any damned things. OK, techniquement, le disque est sorti juste avant les fêtes, mais tout disque sorti après le 15 décembre est un peu un disque de 2017.

Si vous avez loupé les épisodes précédents, Delacave c’est à la base le duo formé par Seb Normal (The Feeling of Love, The Normals) et Lily Pourie Chansard (Le Chemin de la Honte), désormais rejoint par deux autres éminences grises de la Grande Triple Alliance de l’Est, à savoir Cheb Samir (Trans Upper Egypt, Capputtini i Lignu) et Quentin Scanner (SIDA). On sent d’ailleurs qu’avec cet élargissement, le groupe change nettement de braquet pour des morceaux désormais plus denses, comportant plus de détails et d’arrangements.

Outre l’avantage non négligeable de posséder un blase avec lequel on peut faire un nombre infini de blagues et de vannes bien nazes, une des indéniables qualités du groupe est sans doute celle d’avoir un trouvé un son, utilisant une palette sonore stable et rapidement identifiable (orgue, chant clair aigu) sur lequel il est pourtant difficile de coller une étiquette. Post-punk ? Non, trop lysergique. Noise ? Non, trop mélodique. Coldwave ? Non, trop psychédélique. Psychédélique ? Non, trop coldwave.

En soi ce n’est pas vraiment un problème mais plutôt un nouvel avantage, puisque le groupe a su se démarquer des recettes toutes faites et des tics trop évidents et inhérents aux genres suscités. Mais pour un résumé sans doute plus parlant on pourrait dire que Delacave c’est un peu comme le double gin tonic que tu peux prendre au PMU du quartier : frais, astringent, pas sucré pour un sou et offrant la garantie d’un décollage imminent. En clair, le truc qui pique mais qui fait du bien.

Dernière carte maîtresse et non des moindres : on a affaire avec ce If i'm overthinking, talk about anything, any damned things a un album solide et très bien construit. Plutôt  que de balancer les titres les plus courts et les plus évidents en début de galette, on y trouve au contraire les plus longs et plus complexes. "Overthinking", sombre complainte portée par une partie de batterie sous amphétamines, "I Can Do" et "The Path" morceaux à la structure bicéphale idéaux pour passer le Styx. Vient ensuite ce que l'on peut considérer comme la clef de voûte de l’album, à savoir le lancinant et magnifique "The Way of Nothing" où l'on rêve de funérailles lunaires ou d'un remake de Twin Peaks au fin fond des Vosges. Passée cette mise en jambes exigeante mais terriblement stimulante, la deuxième partie du LP passe comme une lettre à la poste, vu qu'elle s'articule autour de titres plus uptempo et cradingues ("7th Stair", "Territory"). Un sprint final qui finit logiquement d'enfoncer le clou pour un album dont on pense évidemment beaucoup de bien.