I Don't Run

Hinds

Lucky Number  |  2018
8 / 10
par Alexis  |  le 23 avril 2018

Après quatre ans de succès à faire maigrir tous les rageux moquant leurs guitares hésitantes ou leurs voix criardes, les filles de Hinds sortent I Don’t Run entourées d’une imposante pression. En effet, après la sortie de Leave Me Alone, même leurs plus fervents défenseurs avaient pointé les limites de l’exercice. La maîtrise parfois approximative de leurs instruments les empêchait de masquer une quelconque faiblesse de composition derrière un solo bien torché ou une touche de virtuosité. Elles étaient donc totalement tributaires de la qualité de leurs mélodies, fort heureusement inattaquables. I Don’t Run montre que si après trois ans à tourner dans le monde entier, ces limites techniques se sont un peu estompées, l'enthousiasme et la fraîcheur de Hinds restent inaltérés.

Peut-être est-ce dû à leur décontraction, qui les rendait bien plus cool que la plus cool de nos copines, ou à leur ascension éclair, mais à l'écoute de cette seconde galette, il est évident que l'on a sous-estimé les filles de Hinds. En premier lieu le choix de Gordon Raphael (The Strokes notamment) pour produire cet album se révèle une décision très pertinente. L’Américain n’est pas connu pour bouleverser le son de ses ouailles, mais il leur offre une qualité d’enregistrement qui pouvait manquer sur Leave Me Alone, clarifiant un peu le bordel que peuvent créer les quatre musiciennes dans leur studio. Mais surtout I Don't Run est un album homogène, composé de dix titres extrêmement efficaces, où seule la piste finale “Ma Nuit” aurait mérité un bien meilleur traitement.

Entre ballades casse-gueules mais très réussies (“Linda”, “I Feel Cold But I Feel More”) et réminiscences strokesiennes (“The Club”), c'est quasiment un carton plein. Carlotta Cosials et Ana Perrote ont gagné en assurance  et cette nouvelle solidité atteint son paroxysme sur l’imparable “Tester”, avec son final quasi hard rock ou sur “Finally Floating”.  Les guitares désormais bravardes sont portées par les lignes de basses groovy de Ade Martín, rendant la base rythmique du groupe moins prévisible et linéaire, malgré un son de batterie parfois trop étouffé pour vraiment peser sur les pistes. 

Améliorant en tout point la marque établie sur Leave Me Alone, les Espagnoles ont réussi leur pari. Bien sûr, ceux encore insensibles aux cris jamais vraiment justes de Perrote et Cosials ou à leur attitude pleine d’aplomb pourront passer leur chemin, mais Hinds est en train de se construire une légitimité amplement méritée. Et pour ceux qui en doutaient, les chanteuses sont toujours franchement canons.