i am > i was

21 Savage

Epic Records  |  2018
8 / 10
par Noé  |  le 17 janvier 2019

Deux longues années se sont écoulées depuis Issa, pourtant 21 Savage n’a jamais été aussi présent sur l’échiquier du rap US. Quand il ne donne pas la réplique à Post Malone sur le plus gros tube de l’année 2017, le Saint Laurent Don s’évertue à compter les millions de vues, de streams et de dollars amassés au fil de ces nombreuses collaborations avec YG, Travis Scott ou DJ Khaled. Tout est allé si vite pour le port-étendard de la tristement célèbre Zone 6 d’Atlanta : en 2016, 21 Savage explose aux yeux du grand public avec Savage Mode, le premier exercice du genre pour Metro Boomin, unique producteur et maître à penser du projet, qui réitèrera l’expérience avec NAV ou Big Sean sans pour autant connaître la même réussite critique. Un EP lugubre en forme d'ode à la violence où l’auditeur faisait la connaissance d'un croque-mitaine à l’humour douteux. 

Comme sur Savage Mode, la force de i am > i was réside dans sa cohérence qui, en l’absence d’un producteur phare, est à mettre au crédit de 21 Savage himself. Exit les productions froides et les ambiances de cimetière, 21 Savage souhaite laisser entrer un peu de lumière dans un univers habituellement brumeux et chaotique. Un pari compliqué pour ce grand dadais à la dague tatouée sur le front qu’on imagine difficilement sur un autre registre que celui de la mort ou de la violence. Pourtant, les productions moins oppressantes et sombres se marient à la perfection avec le cynisme habituel du rappeur - en témoigne "out for the night", où son flow laconique vient embrasser des riffs de guitare chaloupés pour une invitation macabre à rider en corbillard. 

Derrière le cortège funéraire emmené par 21 Savage se traîne un convoi digne des plus grosses productions hollywoodiennes. Un casting qui ne laissait pourtant rien présager de bon tant 21 Savage semblait vouloir trahir son ADN en convoquant la fine fleur des hitmakers du moment (Post Malone, Childish Gambino, J.Cole). Mais là où il investissait le moindre espace libre de Issa, 21 Savage opte pour une posture plus modeste ou discrète, laissant ainsi suffisamment de place à ses convives pour s’exprimer. Cela donne un rééquilibrage des débats salutaire, d'une fraîcheur et d'une efficacité inattendues. L’exemple le plus parlant de ce qu'on raconte intervient sur "Good Day" où le rappeur d’Atlanta s’efface intelligemment au profit de Project Pat et d’un ScHoolboy Q décidément bien en jambes, ce qui laisse augurer du meilleur pour son nouvel album à venir.  En ce sens, i am > i was s’impose comme le meilleur projet qu’un fan de 21 Savage puisse attendre. 

Longtemps considéré comme un street rapper efficace mais un peu benêt, 21 Savage montre avec son nouvel album qu'il est capable de mûrir, de sortir de sa zone de confort et de ne pas penser qu'à sa petite gueule de thug. Aujourd'hui libéré d'une logique dictée par le banger, il apparaît sous un jour plus complexe qu’il veut bien le laisser croire. Si le rappeur se considère meilleur qu’avant, une chose est sûre : à ce rythme-là, il n’est pas près d’arrêter de compter son pognon. 

Le goût des autres :