Howl

Rival Consoles

Erased Tapes  |  2015
8 / 10
par Jeff  |  le 31 octobre 2015

On a énormément de respect pour la carrière de Rone. Par contre, on a toujours dû mal à digérer son dernier album en date, ce Creatures tout boursouflé, incroyablement plan-plan et extrêmement pédant, qui a pourtant permis au Français d’enfin asseoir sa popularité pour de bon – et il l’a bien méritée, le bougre.

Bref, face à une déception d’une telle ampleur, il nous a bien fallu trouver une alternative. Et c’est dans l’étreinte câline de Ryan Lee West que l’on est allé chercher un peu réconfort. Plus connu sous le nom de Rival Consoles, le producteur londonien poursuit dans une certaine discrétion une carrière tout à fait respectable, qui l’a quand même amené à signer sur l’un des labels les plus trendy de ces dernières années, Erased Tapes.

Pourtant, comme on s’évertue à vous l’expliquer depuis qu’on a découvert l’Anglais (c’était l’année dernière avec le Sonne EP), ce dernier fait figure de magnifique erreur de casting sur un label qui plait surtout aux hipsters qui ont envie de se payer une petite tranche de modern classical entre le nouveau single de James Blake et le dernier Caribou - not that there is anything wrong with that

Bref, pendant que ça s'astique frénétiquement le manche sur du Nils Frahm ou du Kiasmos, Ryan Lee West reprend le flambeau abandonné par Erwan Castex à la sortie d’un Tohu Bohu dont les ambitions pop et le formalisme léché esquissaient déjà les premiers contours de l’accidentel Creatures qui allait suivre. Il occupe également un peu un espace laissé vide par Mondkopf après son Galaxy of Nowhere, juste avant qu'il ne se laisse séduire par le côté obscur de la force.

Ainsi, entre quelques respirations bienvenues, Rival Consoles affole notre cardiofréquencemètre et donne dans une musique électronique élégante qui joue beaucoup sur les émotions, maximaliste sans jamais être poujadiste. Guitariste de formation et partant principalement d’une écriture au piano, Rival Consoles fait alors partie de ces producteurs qui tentent de conférer des caractéristiques organiques à une musique qui ne l’est pas par définition.

Dans ce ballet empreint de beaucoup de légèreté, Rival Consoles laisse parler une écriture riche, portée par une quête permanente de dynamisme qui n’empêche pas de voir émerger des émotions pures et intenses. À cet égard, la plage-titre ou la cavalcade « Looming » sont peut-être les plus beaux exemples d’un talent dont on aimerait qu’il lui permette de remplir le genre de salles dont on ouvre grand les portes à ses collègues de chez Erased Tapes la plupart du temps.