How To Get To Heaven From Scotland

Aidan Moffat & The Best Of's

Chemikal Underground  |  2009
5 / 10
par Julien  |  le 9 juin 2009

Arab Strap était un groupe merveilleux. Le plus merveilleux d'Écosse. Le duo formé par Aidan Moffat et Malcolm Middleton nous avait sidérés par sa complémentarité, une symbiose ultime entre un songwriter désabusé (Moffat) et un bricoleur curieux (Middleton).

Moffat, c'est une voix traînante, proche de l'engourdissement. Ce sont des textes souillés, des histoires de cul et de cuites, d'amour et de bière. Middleton lui fabriquait des instrus sur mesure, toujours inédites, pour coucher au mieux son pathos sans donner la gerbe. Leur sommet était l'incroyable Philophobia, au croisement du slowcore et du folk-rock, avec cette fameuse phrase qui ouvrait l'album : "It was the biggest ever cock you'd ever seen, but you've no idea where that cock has been".

Maintenant qu'Arab Strap s'est séparé, ô nostalgie la flamme a disparu. On peut tourner le problème comme on le veut, Aidan Moffat n'est décidément pas un bon musicien. Par une subtile pichenette il nous avait dupés l'an dernier avec I Can Hear Your Heart, un concept-album où était finement évitée la question musicale. Sous forme d'un roman oralisé accompagné de vieilles musiques de film, celui-ci évoluait en trompe-l'oeil dans un univers intrigant et singulier – à défaut d'être très réussi.

Mais aujourd'hui, en voulant faire un disque simple, sans arrière-pensées, fait de folk boiteux et de rock plein de graisse, Moffat se prend les pieds dans le tapis. À cause justement d'une orchestration indigne, d'une incapacité à sortir de sa place de parolier. Malgré des invités de renom (Alun Woodward des Delgados), on croirait entendre un groupe d'amateurs prêts à sortir pour la première fois en public. On n'utilisera pas de parades comme "c'est un retour aux sources" ou "ils ont voulu sonner comme dans un vrai pub", How To Get To Heaven From Scotland est avant tout un disque difficile à tenir tant il est pénible et mal exécuté. On pourra se délecter de paroles odieuses et sublimes à la fois, de quelques jolies trouvailles ("Atheist's lament" est superbe) mais le constat reste sans appel : Aidan Moffat, seul, ne nous intéresse pas.

Allez, refaites copain-copain avec Malcolm, s'il vous plaît.